Plus tôt l’enfant manie un crayon, plus difficile sera l’apprentissage de sa bonne tenue. Difficile de le faire changer d’avis surtout pour une pratique qu’il ressent comme émancipatrice : dès qu’on a un crayon en main on est (presque) « un grand ». C’est ainsi dans l’univers du jeune enfant, surtout si on l’a félicité pour “son beau dessin” !  La prudence voudrait donc qu’après ces chaleureuses félicitations on lui montre qu’il peut faire encore mieux si…

Le tout petit adopte spontanément la tenue palmaire héritée du réflexe d’agrippement. Réflexe primitif et précocité de l’action se conjuguent pour rendre difficile l’accès à une bonne tenue du crayon.

Il faudra donc que l’enseignant – ou le parent – use de tout son savoir-faire pédagogique et de toute sa patience pour faire évoluer cette pratique.

Pour commencer il peut, sans exprimer que sa façon de faire va être remise en cause, jouer à faire tenir à l’enfant des objets de diverses grosseurs, de diverses formes, de diverses matières pour en revenir au crayon et à la façon optimum de le tenir et le manier.   De le manier… n’oublions pas cette étape.  En effet, si la question de la tenue du crayon est récurrente, encore et toujours, son maniement est généralement le grand oublié, l’enfant reste tendu, ses doigts restent crispés… C’est qu’il faudra aussi combattre le réflexe d’agrippement (cf. Le geste d’écriture, Éditions Hatier)  (Cf. aussi Ma méthode d’écriture Danièle Dumont, Éditions Larousse)

N’oublions pas non plus que si nous ne voulons pas que l’enfant fasse quelque chose il ne faut pas lui apprendre à le faire . Par exemple pas de bec de canard si on ne veut pas de l’enfant place le majeur à côté de l’index sur le crayon ce qui entrave la souplesse du geste. Plus tard s’il veut faire des jeux de doigts rien n’est interdit, mais pas avant que l’enfant maitrise parfaitement l’utilisation du crayon.

Pour les pratiques de classe ( et pourquoi pas aussi à la maison) voici comment on peut enchainer les chenilles pressées, le ping-pong des bouchons puis la prise en main du crayon pour une bonne prise, une bonne tenue et un bon maniement.

Voici donc, pour à la fois tonifier les doigts, les dérouiller, apprendre à placer la main dans l’axe de l’avant-bras donc à éviter les poignets en crosse mais aussi en pont ( ou les deux ) puis tenir et manier correctement le crayon , des exercices d’assouplissement et de tonification à faire successivement avant d’écrire (ou de dessiner).

Le premier ne nécessite pas de matériel. Pour le second il faut un bouchon de bouteille de lait par équipe de deux enfants.  Ensuite il faut un crayon et une feuille de papier.

– Le premier, c’est ce que j’ai nommé “les chenilles pressées” : la main c’est la tête, les doigts ce sont les pattes (ces chenilles-là ont les pattes autour de la tête), le corps c’est l’avant-bras (il rampe au sol, donc il reste en contact avec la table). Assis à une table de hauteur adaptée, le dos normalement droit, les pieds au sol, l’enfant pose les avant-bras sur la table de façon à ce que les coudes pendent un peu en dehors de la table ( ce qui a pour effet de faire descendre les épaules et de recentrer la posture ). Il fait avancer les chenilles en pianotant rapidement du bout des doigts sur la table sans que le pouce soit entièrement en contact avec la table, seule l’extrémité l’est.

– Le second, c’est ce que j’ai nommé “le ping-pong des bouchons” : les enfants sont installés par deux face à face. La position du corps, du bras droit et de la main droite est la même que pour les chenilles pressées, l’avant-bras gauche est replié parallèlement au bord de la table pour le droitier, l’inverse pour la gaucher. D’une pichenette du majeur l’enfant envoie le bouchon à son adversaire qui doit le lui retourner de même. Après dix envois on change de doigt : c’est l’index qui envoie le bouchon (car depuis u certain temps on rencontre des index hyperlax suite à une utilisation précoce et abusive de claviers)

Ensuite chaque enfant lève le doigt pour signaler que le jeu est fini. Il observe la position de ses doigts et fait glisser son pouce jusqu’à ce que l’extrémité du pouce touche la dernière articulation du majeur. L’enfant observe la position. L’adulte explique que c’est là que sera tenu le crayon et il le montre en tenant lui-même un crayon.

Le geste d’écriture consacre 36 pages à ce sujet dans son édition 2016.

 

D’autres articles sur la question ici  : la tenue du crayon illustrée

et là : les faux bons conseils.

ou là : apprendre ce qu’il faut pour pouvoir tenir un crayon

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ou là comment commencer avec les 3 ans

et là pour expérimenter