Apprendre ce qu’il faut pour pouvoir tenir un crayon.

Drôle de titre sans doute que celui-ci.

« Apprendre à tenir le crayon » serait un titre plus simple Oui. Mais ce serait un risque d’erreur. En effet, l’une des erreurs majeures dans l’apprentissage de la tenue du crayon est que l’action reste très souvent centrée sur la position des doigts sur le crayon ; les activités préparatoires sont souvent oubliées ou erronées.

Si on veut enseigner correctement l’écriture dont la tenue et le maniement du crayon il ne faut pas remplacer le sémantique par le procédural, c’est à dire pas remplacer par des explications intellectuelles ce qui relève des processus.

On le comprendra aisément en pensant que tout le monde balance (plus ou moins) les bras en marchant (sauf les personnes atteintes de la maladie de Parkinson) alors que personne n’a appris à le faire. Votre marche sera moins assurée si vous commencez à réfléchir à la façon dont vous balancez les bras et dont vous posez les pieds. Donc, pour moi, pour apprendre à écrire on apprend ce qu’il faut faire pour apprendre à tenir le crayon. Mais c’est tout, c’est à dire que pour moi, sauf dans des cas très spécifiques de tout petits qui ont vraiment des difficultés nécessitant une technique particulière et qui sont pris en charge pour cela hors de la classe on oublie toutes ces histoires de voiture, de coussin, d’oreiller ou je ne sais quoi encore. Quand on a été préparé… on prend le crayon et on écrit. C’est tout  

C’est la préparation qui compte, ensuite, ça se fait « tout seul ». Si on peut utiliser la sorte de réflexe de la position révolver pour apprendre la position du pouce sur le côté du majeur, on ne va surtout pas mettre les doigts dans cette position puis, en le prenant de l’autre main, disposer le crayon entre les doigts tendus. Cette position n’existe à aucun moment lorsqu’on attrape le crayon pour écrire. Ce geste (mise en position révolver) sert uniquement à préparer la position respective du pouce, de l’index et du majeur.

Une fois bien préparée, la bonne prise du crayon se fait donc « toute seule »,  à la condition que personne ne vienne mettre son grand de sel pour dire des sottises que l’enfant prendra au pied de la lettre et qu’il n’arrivera pas à satisfaire.

Par exemple si on lui dit de placer son pouce  et son index exactement face à face comme on peut l’entendre dans une vidéo qui parle d’une famille assise dans une voiture et qu’en même temps on lui donne un crayon triangulaire (comme il en existe dans la quasi totalité des écoles) alors on lui rend la tâche impossible : pouce et index ne peuvent pas être face à face avec ces crayons-là.  Donc l’enfant ne peut pas satisfaire à la consigne. 

Si on lui donne la même consigne et qu’on lui présente un crayon circulaire, alors il arrivera à placer ses doigts exactement comme on le lui demande mais la prise ne sera pas solide (on le voit bien dans la vidéo de l’histoire de la voiture).  Plus l’enfant va s’appliquer à ne pas dévier de la consigne, c’est à dire plus il va s’appliquer à placer son pouce et son index exactement face à face, plus il aura du mal à avoir une prise solide et il aura le sentiment d’être incompétent.

Le lecteur trouvera quelques réflexions sur les difficultés d’apprentissage de la tenue du crayon sur la 5ème vidéo de ma chaîne Youtube. Il pourra en profiter pour s’abonner. C’est ici  : https://www.youtube.com/watch?v=1pHldJEIT8w

3 réflexions au sujet de « Apprendre ce qu’il faut pour pouvoir tenir un crayon. »

  1. Bonjour. Je comprends tout à fait votre article. Mais quand dans une classe de 31 Gs nous en avons 4 qui tiennent correctement leur outils difficile parfois de casser les mauvaises habitudes. Et en effet j’utilise une illustration imagée de la position du crayon car pas surement je ne prends pas assez le temps de tout reprendre depuis la base . en effet il faut dans cette année que je travaille la gestion de l’espace et les formes de base. Mais pour l’année prochaine promis je vais essayer de prendre le temps nécessaire… Merci pour cet article

    1. Bonjour Gaëlle P et merci pour votre commentaire.

      L’avantage de l’école maternelle est de permettre que tout commence dans l’une ou dans l’autre des trois classes selon les besoins de l’enfant (et selon ce qui a été fait avant). C’est vrai toutefois que, comme vous le soulignez, il peut arriver qu’il faille tout faire en GS : gestion statique de l’espace graphique, mise en place de la forme de base de 1ère unité ET apprentissage de la tenue et du maniement du crayon.

      Je peux dire par expérience que ce dernier apprentissage peut se mener de façon probante dans une classe où, au départ, aucun enfant ne tenait correctement son crayon. Les activités que j’ai décrites dans la nouvelle édition du Geste d’écriture devraient vous permettre d’amener toute la classe à une bonne tenue du crayon avant la fin de l’année (peut-être à une ou deux exceptions près, mais ça devrait vraiment être l’exception.).

      En utilisant pleinement la transversalité et la différenciation (voir la 1ère partie du nouveau Geste d’écriture et les applications dans les pages suivantes, ainsi que les cahiers Le cirque et Le loup, vous devriez pouvoir amener vos élèves à un niveau d’écriture très correct pour l’entrée au CP. Mais je sais que ce n’est pas facile.

      Je sais que faire classe est beaucoup plus difficile maintenant que dans le passé et il semble que les difficultés se soient accélérées dernièrement. Certes le nombre d’enfant n’est pas anodin. Je pense néanmoins que le plus gros du problème ne réside pas là. A mon avis, il réside plus encore dans les conditions psychologiques dans lesquelles la vie en général précipite les enfants et dans une multitude d’apprentissages toxiques.

      Au sujet des conditions psychologiques, je prendrai juste l’exemple des jeux pour les tout petits : dès tout petit, l’enfant appuie sur des touches et déclenche une animation brusque et bruyante qui lui dit qu’il a gagné ou qu’il a perdu. La répétition le somme d’exulter bruyamment quand il a appuyé sur la bonne touche et d’avoir un sentiment d’échec souligné par un fond sonore également lorsqu’il a choisi la mauvaise. L’alternative aux jeux est trop souvent la télévision avec des personnages bruyants, agités. Bien sûr ce n’est pas le lot de tous les enfants et tous les dessins animés ne sont pas agités, criards, bruyants, heureusement, mais combien d’enfants n’ont pas le loisir de vivre dans la sérénité ? Comment un groupe de 30 enfants peut-il être dans de bonnes conditions d’apprentissage et de socialisation quand plusieurs d’entre eux vivent cette agitation ?

      Au sujet des apprentissages toxiques, je ne développerai pas plus ici. Mon article en évoque. Ils existent aussi bien dans la tenue et le maniement du crayon que dans une supposée écriture de texte ou même dans les activités phonologiques.

      Bon courage tout de même. Votre tâche est ardue mais c’est un beau métier !

      1. Bonjour. Je vais acheter la dernière édition alors . Vraiment merci pour le partage de vos compétences. J’essaye et parfois en vain de partager à mon retour ce que j’apprends grâce à vous car je vois chaque année grâce à votre méthode mes élèves partirent pour le cp avec les bonnes bases pour écrire. Gaëlle

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