TOUT L’ART DE L’ENSEIGNEMENT EN MATERNELLE CONSISTE À GUIDER CHAQUE ENFANT DANS LA CONSTRUCTION DE SES APPRENTISSAGES DE FAÇON VIVANTE ET DIFFÉRENCIÉE AU COURS D’UN MÊME PROJET COLLECTIF

Parallèle entre les attentes des IO et la conception des cahiers

Avec son accueil dès trois – voire deux – ans jusqu’à l’arrivée aux six ans, l’école maternelle reçoit des enfants d’une grande diversité. A la diversité d’âge s’ajoute de façon plus sensible que dans les grandes classes les diversités de vécu, de culture, de maturité intellectuelle, affective etc. qui rendent alors plus complexe l’enseignement dans ses classes.

Si cette complexité peut effrayer les professeurs débutants elle est cependant le terreau qui va permettre aux enseignements d’être source d’apprentissage de tous les enfants chacun à son rythme, chacun en fonction de ses possibilités et de ses attentes sans qu’il soit question de compétition mais, au contraire de participation.

L’enseignement du geste d’écriture – qui regroupe tout autant la préparation à l’écriture que l’acte d’écriture lui-même – y a une place de choix. Tout enseignement peut en effet, en transversalité, être l’occasion d’acquérir une compétence en préparation à l’écriture.

Dans la première partie de son édition de 2016, Le geste d’écriture expose le fonctionnement et l’intérêt de la double différenciation, tout particulièrement – mais pas seulement – dans son chapitre 3 Apprendre et enseigner une construction assistée des apprentissages.

J’invite le lecteur / la lectrice, à le lire et le relire en s’attardant sur les tableaux qui donnent des exemples de double différenciation et transversalité.

La double différenciation. Voilà qui sonne peut-être comme quelque chose de nouveau pour certains lecteurs / certaines lectrices.  Pourtant elle est inscrite plus ou moins en filigranes dès la première édition du Geste d’écriture. Et puis, c’est aussi ce qui se pratique dans bien des classes sans pour autant que le principe y ait été nommé. L’avantage de le nommer, de le formaliser est que l’on peut en tirer un meilleur profit car on est mieux outillé pour en comprendre les mécanismes, les effets et les conséquences positives.
J’en ai exposé le principe pour la 1ère fois à un congrès des conseillers pédagogiques à Albi, ce devait être en 2001, 2002 ou, au plus tard, 2003).

De quoi s’agit-il ?

–  Il s’agit d’une part de différencier l’objectif de l’enfant de l’objectif de l’enseignant. C’est la 1ère différenciation. Par exemple si vous demandez aux enfants de se déplacer à quatre pattes pour leur tonifier la main et aider à dépasser le réflexe d’agrippement, vous ne  leur annoncerez pas cet objectif. Tonifier la main, aider à dépasser le réflexe d’agrippement (je préfère dire dépasser” plutôt qu’intégrer) c’est VOTRE objectif à vous, enseignant. Celui de l’enfant c’est de s’amuser.

–  Il s’agit d’autre part de différencier les tâches en fonction des besoins et/ou des possibilités des enfants . Par exemple à celui qui garde les poings fermés pour marcher à quatre pattes on demandera de frapper deux fois au sol lorsqu’il passera à côté de tel objet placé le long du circuit.

Vous l’aurez compris la double différenciation se combine aisément avec la transversalité. C’est à l’occasion d’une  séance d’activités motrices que se fait cet exercice préparatoire à l’apprentissage de l’écriture que je viens de vous indiquer mais vous pressentez aussi que d’autres apprentissages peuvent s’y greffer, par exemple les couleurs. Si vous dotez chaque enfant d’un dossard de couleur (celles que vous voulez faire apprendre) vous pouvez faire des pistes qui se croisent et demander que chaque enfant suive la piste qui correspond à la couleur de son dossard en vous la nommant lorsqu’il arrive à une intersection. Et là, vous pourrez peut-être constater qu’il vous faudra aussi différencier en fonction de la culture d’origine en portant une attention accrue à celui dont la langue maternelle ne conçoit les couleurs qu’assorties à la texture, ce qui est le cas dans certaines langues africaines (en schématisant je dirais que dans ces langues “bleu” n’est pas concevable c’est quelque chose comme bleu velouté, bleu métallique, bleu rugueux dits chacun en un seul mot insécable).

Vous trouverez dans Le geste d’écriture, 2016, la structure du tableau de double differentiation et transversalité et plusieurs exemples au fil du livre.   Vous en avez également un exemple ici 

Surtout ne zappez pas – comme on ne dit plus je crois – toute la 1ère partie du Geste d’écriture qui consolidera votre compréhension de ce fonctionnement et vous aidera à le mettre en place.  Ce n’est ni une préface ni une simple introduction c’est un exposé des fondements de la méthode Dumont.

Si les attentes de l’école et de la famille ont placé en priorité l’intérêt pour la forme des lettres, j’espère avoir montré ici – et montré dans l’ensemble de cette série d’articles, qui va, bien sûr, se poursuivre – tout l’intérêt et toute la richesse d’une préparation préalable. Cette préparation est en germe dans l’enseignement en école maternelle. En en nommant les éléments et en la formalisant, ma méthode d’enseignement se donne pour objectif de ne laisser personne sur le bord du chemin.