Archives par mot-clé : écriture

Comment fonctionne la modélisation

La modélisation de l’apprentissage de l’écriture se lit en commençant par la fin (finalité -> compétence à acquérir pour accéder à cette finalité -> ce qu’il faut avoir atteint pour construire ces compétences -> compétences de base à mettre en place pour atteindre cet objectif premier). En revanche, c’est bien de gauche à droite qu’elle se pratique (mise en place des compétences de base -> objectif visé par cette mise en place etc.)

Cette modélisation a des exigences qui en font l’efficacité mais aussi la difficulté ; tout doit être commencé de front : latéralisation, développement des compétences motrices, développement des compétences visuo-spatiales et auditives, développement des compétences kinesthésiques commencent à se travailler dès l’arrivée de l’enfant en maternelle (cf. le cahier 1 qui consigne les progrès de l’enfant dans sa préparation à apprendre à écrire).

Cela se fait en transversalité, c’est à dire dans le cadre des multiples activités de la classe, de façon ludique, sans même que l’enfant s’en rende compte sur le moment puisque l’objectif de l’enfant s’inscrit dans le jeu ou l’activité proposés (tandis que celui de l’enseignant a des visées pédagogiques). L’avantage, et il est de taille, est que les enfants écrivent bien lorsqu’ils commencent à écrire, car ils ont préalablement acquis toutes les compétences nécessaires, et qu’ils l’ont fait avec plaisir.

Le calendrier d’Enfantines, école maternelle de La Marsa en Tunisie, offre un superbe exemple de préparation à l’écriture en transversalité.  On y voit, entre autres, des travaux de contrôle visuel des alignements et de la régularité des dimensions (qui concerne ce que j’ai nommé la gestion statique de l’espace graphique) et de positionnement et mobilité des doigts (qui concernent la tenue et le maniement du crayon).  En voici un extrait

 

Les comptines pour apprendre à écrire qui peuvent être écoutées à partir du site font entendre des frappes afin d’inciter les enfants à les suivre. En renouvelant ces frappes sur la table, puis en les réinvestissant ultérieurement au rythme de sa propre évocation mentale en apposant des taches de couleur à l’éponge, et enfin en collant des gommettes selon le même rythme d’espace, l’enfant  s’assure un renforcement auditif de la gestion statique de l’espace graphique.

 

 

Rapport 2011 sur l’école maternelle

Rapport sur l’école maternelle Rapport – n° 2011-108 _ octobre 2011

Conformément aux engagements de Vincent Peillon, des rapports de l’inspection générale non communiqués par le précédent ministère ont été mis en ligne

« Les rapports de l’Inspection générale de l’éducation nationale (IGEN) et de l’Inspection générale de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche (IGAENR) ont désormais vocation à être publiés. Cette transparence contribuera utilement au débat public sur la réussite éducative. »

 

Parmi eux, un rapport sur l’école maternelle :

http://media.education.gouv.fr/file/2011/54/5/2011-108-IGEN-IGAENR_215545.pdf

Je reviendrai plus tard  dire si le coup d’œil que j’ai jeté sur  l’entrée dans l’écrit correspond à ce que m’en dira une lecture approfondie. Ce que j’en ai aperçu et les commentaires que j’ai lus laissent à penser que le rapport, état des lieux dans un certain nombre d’écoles dont la liste est donnée en annexe,  dresse un bilan des pratiques et les condamne pour l’essentiel.

A partir de ce survol, il me semble qu’en ce qui concerne l’écriture il y a des risques que soit proposé de jeter le bébé avec l’eau du bain. Mais, je le redis, il me faudrait consacrer à sa lecture le temps nécessaire pour en faire une analyse approfondie avant d’affirmer.

Sur la base du survol, donc, que j’en ai fait et de la lecture de certains commentaires comme ceux des Echos (cf. ci-dessous) je retrouve vis à vis de l’écrit sensiblement le même schéma que celui que j’ai rencontré à l’occasion de mon mémoire de maitrise de linguistique fonctionnelle : la préparation à l’écriture semble quelque chose d’ignoré, d’inconnu. On retrouve les notions de graphisme, de dessin et d’écriture mais soit il s’agit que les premiers préparent à la dernière – [lbfenix id= »129″ title= »ce qui est combattu depuis longtemps déjà »] Lettre d’information n° 20 de l’INRP, septembre 2006, page 4 :  « Un des débats sur l’apprentissage de l’écriture à la maternelle porte sur la différenciation à opérer entre dessin, graphisme et écriture (voir texte de D. Dumont sur le site Bien(!)Lire)« .[/lbfenix] -soit il s’agit de proposer d’entrer de plain pied dans l’écriture.

Ni l’une ni l’autre de ces deux propositions ne saurait pourtant se concevoir pour une pédagogie adaptée : l’écriture se prépare. La préparation à l’écriture est le lieu privilégié où , bien avant l’utilisation d’un outil scripteur et d’un support pour recevoir la trace écrite, peuvent être mises en place des activités travaillées en transversalité, adaptées au niveau de chaque enfant, lui permettant une analyse de son action à postériori et, partant de là, une conscientisation de ses apprentissages étape après étape, à son propre rythme.

Préparer l’enfant à accéder à une écriture fluide et bien géré est tout autre chose que de lui faire faire des lignes de … lettres/graphisme/signes… ou de lui apprendre à reconnaître et dessiner les lettres de l’alphabet. Cela se met en place progressivement, au rythme des activités qui correspondent réellement à son niveau, donc à ses possibilités, en prenant en compte les différences dans l’organisation de l’activité du groupe sur un même projet.

Ce que j’appelle le geste d’écriture inclut tous les préalables. Le geste d’écriture est un ensemble de processus qui vont de la prise du crayon à la production d’un texte sur un support. Il comprend donc :

  • l’usage de la main adaptée (gauche ou droite),
  • la tenue et le maniement du crayon,
  • la mise en œuvre du geste qui donne forme à l’écriture,
  • le dépôt de la trace sur le support,
  • la nécessaire réflexion pour que la trace fasse sens.

Il y a donc beaucoup à apprendre avant d’arriver à la trace écrite. Tout cela se fait en transversalité à partir des jeux, des activités de découverte, des ateliers musicaux… Tout cela a pleinement sa place dès le début de l’école maternelle.

http://www.lesechos.fr/economie-politique/france/actu/0202082371892-education-nationale-les-failles-revelees-par-les-rapports-secrets-327805.php

Du nouveau pour l’école en 2012 – Vers la refondation de l’école

  • Mai 2012, affirmation de la nécessité de donner  priorité à l’école.

« L’Ecole a besoin de réformes. Elle attend aussi de la considération de la Nation et du soutien de l’Etat. Mais elle doit aussi être assurée de ses ressources. On ne peut enseigner correctement sans un encadrement suffisant de nos enfants. C’est la raison de mon engagement à recruter 60 000 personnels sur la durée de mon mandat.

Le 1er août 1879, comme ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, Jules FERRY soulignait la nécessité d’une bonne formation de ceux qui sont appelés à dispenser l’enseignement : « Car savoir est une chose, enseigner ce qu’on sait est une chose bien plus difficile. On peut être un bachelier très éminent et cependant être un très mauvais maître d’école. Cette nécessité d’une préparation toute professionnelle est manifeste pour ces délicates fonctions ».

Comment a-t-on pu renier cette déclaration de bon sens ?

Voilà pourquoi je rétablirai la formation professionnelle des enseignants.

Pour honorer ses missions, je sais pouvoir compter sur le dévouement, le courage, des personnels de l’Éducation nationale. C’est vers eux que je me tourne, c’est à eux que j’adresse mes premiers mots en tant que président de la République. »

François Hollande, extrait du discours du 15 mai 2012 en hommage à Jules Ferry, fondateur de l’école laïque et gratuite.

« Nous voulons réaffirmer ce qui est notre grande priorité, c’est-à-dire l’école maternelle et élémentaire »

« Les difficultés se forgent dès les premières années et il faut que l’on fasse un effort tout particulier sur les premiers niveaux, comme l’a demandé le président de la République »

Vincent Peillon en visite dans une école maternelle et élémentaire, à Brie-Comte-Robert (Seine-et-Marne) le 21 mai 2012.

 

«La mission que m’a confiée le président de la République, c’est de faire que le niveau de nos élèves s’améliore, que notre jeunesse ait une chance.»

Vincent Peillon interrogé sur RTL le mardi 22 mai.

  •  Les premières dispositions

Le ministre de l’éducation nationale a présenté, avec la ministre des affaires sociales et de la santé, une communication relative aux mesures du changement pour la rentrée scolaire 2012 et à la revalorisation de l’allocation de rentrée scolaire.

 

LES GAUCHERS

Quelques questions récurrentes au sujet des gauchers.

Mes jumeaux sont gauchers, l’un d’eux écrit bien, pas l’autre.
– Il est fort possible que celui qui écrit mal ne soit pas gaucher, même si ce sont de vrais jumeaux. Il utiliserait sa main gauche pour faire comme son jumeau.
Utiliser sa main gauche pour écrire ne signifie pas que l’on soit gaucher. On peut utiliser sa main gauche par mimétisme ou identification.

Pour écrire, mon enfant hésite entre la main gauche et la main droite. Il  tape dans un ballon du pied gauche. Dois-je l’inciter à écrire de la main gauche ?
– Non. Il faut vérifier sa latéralité de la main. La latéralité ppeut être croisée : on peut être gaucher du pied et droitier de la main ou inversement. Même chose pour l’œil. Même chose pour l’oreille.

Mon enfant est gaucher, il tourne son poignet en crochet pour écrire et se plaint d’avoir mal ? On dit pourtant que c’est une position normale pour les gauchers.
– C’est une position fréquente, mais pas « normale ». La position de la main en crosse crée des tensions  inutiles. S’il incline sa feuille vers la droite, s’il l’avance sur la table et s’il tient son crayon correctement, le gaucher voit ce qu’il écrit. Il n’a pas alors à fatiguer inutilement ses muscles en les tendant pour placer sa main au-dessus de sa ligne d’écriture.

Mon enfant a été testé pour sa latéralité : il est droitier mais il écrit de la main gauche. Il a 10 ans. N’est-il pas trop tard pour qu’il apprenne à écrire de la main droite ?
– L’écriture est commandée par le cerveau. Il ne s’agira donc pas d’un
réapprentissage total de l’écriture. Il s’agira juste de lui apprendre à faire bouger ses doigts et à déplacer son bras pour écrire avec souplesse.
C’est l’affaire de 5 à 6 séances de rééducation maximum

L’héritage de Heiss

L’héritage de Heiss

Professeur de philosophie et de psychologie, directeur de l’Institut de psychologie cognitive de Fribourg, Robert Heiss (1903-1971) a développé une méthode d’observation de l’écriture fondée sur ses trois composantes : la forme, l’espace et le mouvement. À sa suite, a été véhiculée l’idée que l’écriture est le produit d’un mouvement qui utilise l’espace pour créer des formes.

Ma pratique de la rééducation m’a conduite à réfléchir sur l’interaction de ces trois composantes et sur son implication concrète dans l’acte d’écriture. L’idée s’est imposée à moi que la compréhension de cette interaction devait permettre de comprendre comment l’écriture se met en place, quelles compétences convergent pour qu’elle remplisse ses fonctions d’outil de communication qui imposent lisibilité et rapidité.

La réflexion que j’ai menée sur les propositions de Heiss – qui, à ma connaissance, ne les avait jamais utilisées à des fins de rééducation ni de pédagogie – m’a montré que la compréhension de ce que devait être une méthode de rééducation graphique aboutie devait obligatoirement passer par une réflexion sur l’apprentissage de l’écriture.

Si, donc, une démarche première m’a conduite de la rééducation de l’écriture à son enseignement, c’est bien l’approfondissement d’une réflexion sur l’apprentissage de l’écriture qui a, au final, éclairé ma méthode de rééducation graphique.

Circulaire de rentrée 2012 – prévention de l’échec scolaire en grande section maternelle

En 2006, le chercheur Roland Goigoux, professeur en sciences de l’éducation à l’Université de Clermont-Ferrand, avait été exclu de la formation des Inspecteurs pour pensée non conforme aux nouvelles instructions en vigueur http://forums.france2.fr/france2/education/roland-goigoux-etat-sujet_2985_1.htm

En 2008, interviewé par le Café Pédagogique, il avait livré son avis sur les nouveaux « nouveaux programmes»: http://www.cafepedagogique.net/lesdossiers/Pages/2008/programmes_goigoux.aspx
Il nous livre aujourd’hui son avis sur la circulaire de rentrée 2012 relative à la prévention de l’échec scolaire en grande section maternelle : http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2012/04/19042012_RGoigoux.aspx
J’en profite pour rappeler les sept points clés qu’il définit comme indispensables à une pédagogie efficace (http://classedu.free.fr/spip.php?article194)

1- exercer : il s’agit de donner un temps supplémentaire pour systématiser, automatiser, s’entraîner.
2- réviser : cela permet de faire le point, de revenir sur ce qu’on a fait, de synthétiser, et même de préparer une évaluation commune.
3- soutenir : le soutien passe par l’observation du travail de l’élève sur les tâches ordinaires pour étayer leur réalisation. On peut verbaliser les objectifs, les contenus et les procédures. Cette méta-action permet de lever les malentendus sur ce qu’on est en train d’apprendre.
  4- préparer : le travail d’anticipation peut permettre de réunir les conditions de la compréhension de la future séance collective (différenciation en amont). L’objectif est de réduire, pour les élèves en difficulté, la part d’inconnu et de permettre de diminuer le déficit attentionnel et le déficit de compréhension. Exemple de travail préparatoire à la lecture : travailler en amont l’identification des mots en précisant le but de cette tâche aux élèves.
  5- revenir en arrière : l’aide peut permettre de reprendre les bases, de combler les lacunes.
6- composer : l’aide permet d’enseigner des compétences requises mais non enseignées comme des procédures et stratégies, transversales ou spécifiques.
7- faire autrement : pour certains enfants, on peut enseigner la même chose, autrement ou le faire faire par quelqu’un d’autre.

J’en profite aussi pour rappeler les cinq points clés qui, selon moi, vont de pair avec un enseignement réussi du geste d’écriture :

–          N’exiger de l’enfant que ce qu’il lui est possible de réussir (autrement dit, dans le cadre de ses possibilités, le préparer à réussir ce qu’on va lui faire faire)

–          Utiliser tout ce qu’il sait faire

–          Travailler dans la transversalité

–          Ne jamais brûler les étapes

–          Maintenir la motivation de l’enfant