Trois questions majeures au sujet de l’écriture manuscrite

Dans quelques jours c’est la rentrée. Cette année comme les précédentes n’échappera pas aux nombreuses questions sur l’écriture manuscrite. Et reviendront les trois questions majeures sur son enseignement.  Je vous propose quelques pistes pour y réfléchir.

Pourquoi apprendre à écrire  de sa main ?

Depuis longtemps tous les documents officiels sont imprimés. MAIS pour qu’ils aient de la valeur, nombre d’entre eux doivent être complétés d’une mention manuscrite : Lu et approuvé, Bon pour pouvoir, Bon pour solde de tout compte, ou encore des textes de plusieurs lignes lorsqu’il s’agit de se porter caution pour un loyer ou de témoigner en justice par exemple, mais pas seulement.

Sans écriture manuscrite impossible donc d’accomplir de nombreux actes simples de la vie sociale.

Celui qui n’écrit pas de sa main a donc besoin d’assistance pour les accomplir. Ne pas apprendre à un enfant à écrire de sa main en fait un futur handicapé social : celui qui n’écrit pas de sa main*  ne peut pas être à part entière un citoyen autonome. ( *de ses coudes, de son pied ou de sa bouche, bien évidemment pour les quelques personnes que la vie a privé de main)

Pourquoi apprendre à écrire correctement ?

Pour être efficace, l’écriture doit être lisible sinon elle ne remplit pas son rôle. A quoi sert d’écrire si personne n’arrive à vous lire ? La réplique habituelle est que beaucoup de médecins sont illisibles. Certes. Mais que ferait de l’ordonnance un pharmacien qui ne connaitrait ni le nom ni les propriétés des médicaments ? Il lui serait impossible de la déchiffrer. Écrire pour que seuls ceux qui connaissent très bien le sujet puissent lire n’a qu’un intérêt très limité. Pour être pleinement un acte de communication sociale, l’écriture doit être lisible. Bien que la pratique déforme naturellement l’écriture au fil de l’adolescence et des débuts dans la vie d’adulte, apprendre à écrire correctement depuis le début favorise la lisibilité quel que soit l’âge.

Pour être efficace, l’écriture doit être rapide. S’appliquer à tracer chaque lettre l’une après l’autre prend du temps et fait parfois perdre le fil de sa pensée. Comment prendre note de ce qu’on entend si on le fait trop lentement ? Comment ne pas agacer son interlocuteur si on met trop de temps à écrire devant lui ? La calligraphie est d’abord un art. L’écriture est d’abord un moyen de communication. Pour être efficace, l’écriture doit donc être réalisée dans les conditions normales de la communication.

Pour remplir correctement son rôle de moyen de communication, l’écriture doit pouvoir être présentable. Chacun adapte son comportement, sa présentation, ses attitudes pour se sentir à l’aise dans une relation. Il en va de même pour son écriture. Il y a l’écriture des brouillons, celle des notes prises à la volée pour soi, celle d’un papier écrit pour un ami, celle aussi qu’on peut laisser dans une boite à lettres pour signaler son passage à un client sans se sentir mal à l’aise.

Pourquoi apprendre correctement à écrire ?

L’objectif de l’écriture manuscrite est de laisser une trace personnelle de sa pensée (quel qu’en soit l’objet). C’est un moyen de communication différée. Écrire c’est donc tout d’abord produire du sens.  En toute petite section, en PS, et au début de la MS l’enfant ne produit pas encore du sens en écrivant de sa main. Il apprend ce qui lui servira à écrire correctement : tenue et maniement du crayon, tenue de la ligne, respect des proportions, sens de déroulement de ce qui sera très bientôt l’écriture. Muni de tout ce qu’il faut pour pouvoir techniquement écrire correctement  et ayant été abondamment confronté à l’écrit, l’enfant va alors pourvoir commencer à écrire. Il va découvrir peu à peu chaque lettre,  de quelle(s) forme(s) elle est composée, comment elle s’enchaîne aux autres déjà apprises, mais immédiatement il va utiliser cette lettre pour « produire du sens », c’est à dire écrire, écrire en réfléchissant à ce qu’il écrit et non dessiner des lettres.

En effet, puisqu’écrire c’est produire du sens,  au fur et à mesure qu’on écrit on pense ce qu’on écrit, on ne pense pas au cheminement du crayon sur le papier. Pour qu’il y ait écriture, il faut donc qu’il y ait réflexion. Et cela dès le début (sinon il s’agit d’un dessin de lettres). On comprendra donc l’avantage qu’il y a de mettre l’enfant en situation de réfléchir à ce qu’il veut écrire avant d’écrire et de penser ce qu’il écrit au fur et à mesure qu’il écrit.

Il s’agit donc pour l’enfant , non plus de réfléchir à la façon dont il va tracer les lettres (il l’aura fait à la découverte de la lettre), mais de réfléchir à ce qu’il veut dire. Réfléchir à ce qu’il veut dire, ce n’est pas participer (ou pas, d’ailleurs, car il peut être distrait) à une réflexion collective sur ce que la classe veut exprimer, mais bien réfléchir seul à ce qu’il a l’intention de dire, lui. Apprendre correctement à un enfant à écrire, c’est lui apprendre non pas qu’on tourne à droite ou à gauche, qu’on monte ou qu’on descend pour écrire tel mot choisi collectivement, c’est, après lui avoir appris ce qui lui servira à écrire correctement, lui demander d’écrire en réfléchissant. Au tout début, la réflexion est limitée car les possibilités sont réduites, il ne connait que peu de lettres et il lui faut le temps de s’habituer à ce nouveau savoir-faire, mais très vite l’enfant va avoir compris comment fonctionne l’écriture et comment écrire en utilisant ce qu’il savait déjà et ce qu’il vient d’apprendre.

Apprendre correctement à écrire favorise l’autonomie de pensée en la libérant d’une part de la focalisation sur le geste, d’autre part de l’attachement systématique et obligatoire à une réponse collective.

Pour résumer d’une phrase, je dirais que : apprendre à écrire de sa main, apprendre à écrire correctement et apprendre correctement à écrire favorisent l’autonomie dans les démarches de la vie sociale, l’adaptation au contexte relationnel et l’autonomie de pensée.

Je n’aborde pas là la question fondamentale de la liberté d’expression et de communication face au numérique ; je l’ai développée dans un article dédié uniquement à la question :

 L‘écriture manuscrite et le numérique : nécessité et intimité de l’écriture manuscrite.

On peut lire aussi  :

l’école face à ses objectifs.

la place d’un enseignement structuré de l’écriture dans la prévention de l’illettrisme

On peut lire encore :

forme, geste et rééducation.

et pour visualiser les formes constitutives de l’écriture :

la forme et le geste.

Une réflexion au sujet de « Trois questions majeures au sujet de l’écriture manuscrite »

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