Comment commencer en CP avec des enfants déjà en difficulté ?

Question : J’ai lu votre travail avec intérêt et j’aimerais mettre en place votre méthode d’écriture cette année. Je suis enseignante en CP en ZEP. Mes collègues de maternelle et de CP n’utilisent pas votre méthode (mais je leur en parlerai).

J’observe tous les ans qu’une majorité de mes élèves ne tiennent pas leur crayon correctement et je n’arrive pas à faire changer leurs habitudes. J’ai donc lu avec intérêt la manière dont vous décrivez la pince (j’étais moi-même persuadée que la pince était entre le pouce et l’index) et comment à partir du geste de lever la main on place le crayon.

Mes élèves sont tous les ans assez lents en écriture ce qui fait que je redoute tout travail écrit qui devient assez rébarbatif et me donne l’impression de ne pas avancer dans les apprentissages.

Tous les ans des enfants se plaignent d’être fatigués quand ils écrivent et certains ne font pas les exercices dès que c’est de l’écrit. D’autres enfin n’arrivent pas à tenir la ligne même en fin d’année de CP.

J’ai trouvé des pistes dans votre travail pour remédier à tout cela. Mais je me pose encore beaucoup de questions :

– Puis- je commencer directement avec le cahier d’apprentissage CP ou dois-je d’abord faire réaliser certaines activités qui auraient dues être faites en maternelle ? Est-ce que je dois montrer le modèle du geste au tableau et verbaliser ?

 

Réponse Puisque la méthode n’a pas été suivie en maternelle, pour commencer je vous suggère de présenter l’écriture aux enfants de la façon suivante : « écrire, c’est facile. Il faut savoir faire deux choses, aller vers la droite par en bas, aller vers la droite par en haut. »  En le disant « vous tracez au tableau un petit arc de cercle concave* et un peu plus loin sur la même ligne un petit arc de cercle convexe. » Vous leur demandez de faire la même chose sur une feuille blanche non lignée, format A5,  que vous leur aurez donné. Quand ils l’ont tous fait : « Et voilà, maintenant vous savez écrire ! parce qu’à partir de là, on peut écrire.»

* attention, ne commencez pas trop haut l’arc concave et remontez-le un peu plus en finale, afin de ne pas susciter une attaque trop haute des boucles.

« Qu’est-ce qu’on fait avec notre petit trait qui passe par en bas ? Regardez bien, on fait juste tourner les doigts et on a … ? » Ils vont vous répondre « une boucle » ou « un e ». Vous réajustez, oui, une boucle qui fait un e. Ils connaissent en principe le nom des lettres. « Alors on fait un e sur la feuille ».

« Maintenant regardez, je fais la même chose mais j’étire mes doigts vers le haut. Et j’ai fait … ?» Un l. « Alors on fait un l sur la feuille ».  Et si au lieu de tourner je rends ma boucle bien bien étroite, bien maigre, je fais…… ». Ils ne connaissent pas le nom de la forme, mais vous allez le leur dire : « une étrécie ». « Qu’est-ce que je peux faire avec ? » «  Si je mets un point je fais un i, si je fais deux étrécies, je fais un u » « et on écrit i et u ». Vous attendez que les enfants aient écrit. « Et si je tire mes doigts et que je mette une barre ?.. ». « t ».

Pour l’étrécie vous pouvez aussi leur montrer la « machine à étrécir » : vous dessinez un rectangle au tableau, à gauche de ce rectangle vous faites une série de petites boucles liées, vous les faites rentrer progressivement dans la machine à étrécir ; à l’intérieur elles deviennent de plus en plus étroites et elles ressortent étrécies. Et là vous encadrez une étrécie et vous lui mettez un point, les enfants reconnaissent un i, vous en encadrez deux, ils reconnaissent (ou découvrent un u), vous en faites une à côté en étirant les doigts vers le haut, vous lui ajoutez une barre et ils reconnaissent un t.

Soyez enjouée, persuasive, n’hésitez pas à évoquer un côté magique. « Maintenant, regardez, si au lieu de commencer en bas je commence en haut pour tourner dans le même sens, ça fait un rond. Et si je lui ajoute un trait comme si je voulais faire une grande boucle, j’ai fait… ? »…. « Un o » « et si je ferme mon rond par une étrécie j’ai fait… un a ». «  Vous voyez comme c’est simple ! » .

Vous trouverez la formation du a ici sur YouTube.

Menez cela rondement, avancez. Ne cherchez pas la perfection mais assurez-vous que les enfants ont tous fait sur leur feuille ce que vous leur demandiez « Maintenant on sait que dans l’écriture il y a des boucles, des étrécies et des ronds et on sait les faire. Donc on va pouvoir apprendre à écrire. Il  y a d’autres formes, mais on les apprendra ensuite ».

Et là, avant de revenir dans une autre leçon au e et au l que vous grouperez pour faire des mots* vous faites travailler le positionnement de la main et le contact avec le cahier avec les exercices qui se trouvent au début du cahier 1. (* « le » et « elle » à mettre de suite en situation ),

Ça c’est la 1ère leçon d’écriture. Pour la suite, prenez votre temps d’avancer tranquillement. Ne négligez pas les 1ères pages du cahier, celles où les lettres ne sont pas encore abordées.

Chaque fois que vous leur présentez une nouvelle lettre demandez-leur de la décrire à l’aide du métalangage (7 mots simples à connaître. Cela leur en facilitera la mémorisation et l’écriture). La description est donnée dans le cahier sauf pour le rouleau que je n’avais pas encore osé nommer de son nom dans le corps du cahier car il faut que les enseignants s’habituent (ceci dit « coupe » – qui avait été adopté par le ministère et que j’ai changé juste après pour « étrécie » était bien passé)

Ne jamais verbaliser mais toujours décrire à l’aide du métalangage (exercice 1 du cahier).  Pensez à afficher les 7 formes (inutile d’écrire leur nom ; en revanche veillez à ce qu’elles soient placées en deux tableaux et dans leur suite logique).

Pour faire « attraper le geste » faites repasser vivement sur la lettre plusieurs fois de suite comme le demande l’exercice 2 du cahier.

Vous retrouverez le processus de création des formes et le processus de formation des lettres sur la vidéo en ligne sur Eduscol ou sur le poster présenté ici.

Faites vos modèles à la main ou utilisez la police de caractères Cursive Dumont maternelle, elle répond parfaitement à vos besoins en présentant toutes les caractéristiques de l’écriture manuscrite.

7 réflexions au sujet de « Comment commencer en CP avec des enfants déjà en difficulté ? »

  1. enseignante en cp- ce1, ma collègue de gs cp utilise et pratique au quotidien votre méthode. Mes collègues de maternelle et ma collègue de cp ont eu la possibilité de suivre une de vos formations l’année passée dans le gard. Seulement mes élèves ont toujours du mal en ce qui concerne le maniement du stylo, le positionnement de l’outil. Nous utilisons tous vos conseils (livre) mais malgré tout les difficultés persistent . Que faire pour aider mes élèves.

    1. Bonjour,
      Vous dites suivre tous mes conseils et avoir des difficultés avec le maniement et le positionnement du stylo. Vous parlez bien de stylo. C’est donc très certainement que vous avez ajouté quelque chose à ce que j’ai écrit (et/ou dit en formation). Vous avez dû contraindre la position du corps du stylo dans la commissure entre le pouce et l’index.
      Je m’explique :
      Les doigts se placent sur le stylo de façon à ce qu’il soit tenu entre la pulpe du pouce et la face latérale de la dernière articulation du majeur et guidé par l’index (qui se pose dessus). La main se place dans l’axe de l’avant-bras, ce faisant, le corps du stylo est plus ou moins incliné dans la commissure entre le pouce et l’index. Il s’y place librement et peut alors varier pour une même personne selon le stylo. Cela se fait instinctivement. (Le corps du stylo est plus près de l’index ou plus près du pouce).
      Si par contrainte l’enfant couche trop son stylo dans cette commissure, c’est la partie métallique du stylo qui touche le papier ; il ne peut donc pas écrire (ou il écrit difficilement).
      J’ai eu l’occasion de constater l’existence de deux conseils malencontreux qui conduisent à cette rigidité fonctionnelle : l’un disait de faire un point dans le creux de cette commissure et de demander à l’enfant d’y appuyer le crayon ; l’autre disait de placer un élastique pour relier le crayon au poignet de telle façon que le crayon se couche dans les doigts. Les deux conseils marchent bien avec un crayon. L’enfant prend alors l’habitude par contrainte de placer le crayon de la sorte. Lorsqu’il passe au stylo bille, comme il n’a pas eu la liberté d’ajuster son geste, il se soumet de nouveau à cette position imposée et, là, ça ne fonctionne plus : c’est la partie métallique qui touche.
      A mon avis, ce doit être cela, je ne vois pas d’autre éventualité si vous avez suivi tout ce que je préconise.

      1. Bonjour,
        Je tenais à vous remercier de tout vos précieux conseils!
        Donc je découvre qu’il ne faut pas l’utilisation du fameux élastique. Mais on peut utiliser quand même le mouchoir à tenir entre les 2 petits doigts?
        Comment expliquer ou réussir à faire prendre la bonne position à des petits cps? Combien de temps selon vous cela peut prendre ?
        Je leur ai montrer, expliquer, et lors des séances d’écriture je passe dans les rangs pour replacer les doigts, vérifier la position de la main et du poignet mais pour certains ce n’est vraiment pas facile!
        Merci pour ce site et ces questions réponses qui m’éclaire énormément sur la façon de s’y prendre!

        1. Bonjour,
          Pouvez-vous m’expliquer le mouchoir à tenir entre les deux petits doigts afin que je vous réponde ?
          Comme ce sont des CP, ils sont fiers d’être grands. Voila une belle opportunité pour leur dire que pour demander la parole ils lèvent le doigt comme des grands : juste l’index pointé en l’air. Et là, vous leur demandez de faire glisser leur pouce pour qu’il arrive contre la face latérale de la dernière articulation du majeur. Une fois le doigt dans cette position demandez leur de poser leur main sur leur feuille sans rien changé de la position. Là vous leur demandez de faire semblant d’écrire avec leur index sans bouger le poignet et de bien observer leur main. Le mieux, pour qu’ils voient bien comment prendre le crayon, la 1ère fois ils pourront placer le crayon entre leur doigts en le présentant de l’autre main. Ensuite, ils devront le saisir correctement directement.

          1. Merci beaucoup de votre réponse rapide! je vais tester et mettre en application dès demain!
            Pour le mouchoir c’est une astuce que j’ai vu sur le site de XXXX je crois.
            C’est un bout de mouchoir que l’on tient avec les 2 doigts qui ne tiennent pas le crayon (le petit doigt et celui à côté) pendant qu’ils écrivent, ça aide à positionner les doigts.

          2. J’ai occulté le nom du site. Effectivement, en ce qui concerne l’écriture, ce site relaie des  »conseils » inadaptés. Coincer un mouchoir entre ces deux doigts demande un effort particulier notamment sur l’auriculaire. Enseigner et contraindre sont deux choses qui vont mal ensemble. Si on veut que la main se ferme, le mieux est de mettre dans le creux de la main une boule de cotillon de dimension moyenne (adaptée à la main de la personne concernée). C’est très léger, il est inutile de serrer fort pour la tenir. Elle ne doit pas être trop petite car les doigts ne seront plus correctement placés, ni trop grosse car ce serait une gêne.

        2. Le mieux est de placer tout simplement une boule de cotillon ni trop grosse ni trop fine dans le creux de la main. Un mouchoir est trop fin et oblige à un effort pour le bloquer.
          En principe vous trouverez tout en détail dans Le geste d’écriture . Vous pouvez aussi vous aider du Petit Plus chez Belin : J’apprends à tenir mon crayon.

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