Avant d’en arriver aux boucles sur papier : histoire d’un pari.

La confusion entre graphisme et écriture est récurrente. L’objectif du graphisme est de produire une trace. L’objectif de l’écriture est de produire du sens. Pour qu’il y ait sens dans l’esprit de celui qui écrit au moment où il écrit, il est indispensable que son esprit ne soit pas focalisé sur le dessin des lettres.

Par voie de conséquence, plus l’enfant automatisera son geste, plus son esprit sera libre pour penser ce qu’il écrit ; plus on focalisera son attention sur le descriptif de la trajectoire du crayon sur le papier, plus on freinera son accès à l’écriture productrice de sens.  Il n’y a écriture que quand l’enfant pense ce qu’il écrit, sinon on se trouve dans un cas de figure analogue à ce que fait le petit enfant lorsqu’il tend un papier à ses parents en demandant « qu’est-ce que j’ai écrit ? »

On ne le dira jamais assez : écrire, ce n’est pas reproduire des lettres, écrire, c’est produire du sens en faisant un mouvement qui laisse sur un papier une trace codifiée non symbolique.  Produire du sens en pensant ce sens au fur et à mesure, pas à ce sens en général.  C’est bien différent de traces qui ne génèrent le sens que dans l’esprit de l’enseignant qui montre  »le modèle à reproduire ».

Donc pour que l’esprit soit libéré de l’attention portée à la trace elle-même, il faut que la production de cette trace soit automatisée.  C’est donc le geste qui doit être travaillé, le geste producteur de la boucle et pas celui qui suit la trajectoire d‘une boucle.

Avec un enseignant qui a découvert ma méthode tout dernièrement, nous nous sommes fait le pari de faire écrire au moins  »le » et  »elle’ a ses élèves de GS pour Noël, et peut-être même d’en être arrivé aux formes rondes. L’ambition est, après avoir démarré la méthode au retour des vacances de Toussaint, arriver à faire écrire des mots contenant presque toutes les lettres de 1ère unité* pour Noël : e, l, i, u, t, c et, si possible en plus o, a et d (*sauf le f, lettre plus difficile à cause de sa boucle inférieure).  C’est un pari très ambitieux car il commence à zéro et le temps est bien court.  (Pour e et l et même pour i, u et sans doute t ça devrait pouvoir aller, pour les lettres rondes, on ne sait pas… la suite nous le dira)

Donc les enfants font tous les jours un relai en poussant un palet avec une crosse de hockey.  Ils sont répartis en 4 équipes. Pour l’instant ils sont ravis, ça marche merveilleusement bien. Dans quelques jours, c’est le passage au jeu de foulards. Nous croisons les doigts.

Dans la même période les enfants s’activent à la tenue et au maniement du crayon, à la gestion statique de l’espace graphique…

Je vous tiendrai au courant de la progression et si ça marche bien je vous (re)donnerai la règle du jeu et aussi une astuce pour le fonctionnement en petits groupes ou en groupes inégaux.

A bientôt pour la suite.

Parions aussi que ceux-là n’auront pas besoin de rééducation plus tard.

4 réflexions au sujet de « Avant d’en arriver aux boucles sur papier : histoire d’un pari. »

    1. Bonjour Sylvie,
      il semblerait que toute une série de commentaires soit restée sans réponse; j’en suis désolée. Je vous conseille de lire la version 2016 du Geste d’écriture (elle vient de sortir). Vous devriez y trouver tout ce que vous cherchez.
      Bien cordialement

  1. Merci madame pour tous vos efforts. Je veux savoir comment aider ma fille de 7 ans à former les boucles dans le bon sens, parce qu’elle les fait dans le sens des aiguilles de montre.

    1. Bonjour,

      Merci de votre confiance.

      Voyez si vous pouvez utiliser un couloir ou une allée quelconque pour instaurer le jeu de hockey sur deux pistes. Jouez avec elle comme expliqué dans Le geste d’écriture (edition 2016) en fixant un temps déterminé. N’oubliez pas de déposer un objet dans une boite à chaque passage. Lorsque l’alarme sonne la fin du temps prévu comptez combien chacune de vous a déposé c’objets. celle qui en a le plus a gagné. Faites cela aussi souvent que possible. Ensuite suivez la description du principe expliqué dans le livre.
      Après quoi, à défaut de piste verticale, essayez de lui faire tracer des boucles sur une grande feuille en commençant juste par le début (c’est à dire sans tourner, comme des débuts de l mais sans lui dire cette comparaison) puis en faisant tourner le tracé.
      Passez ensuite à l’écriture de mots ( « le » et « elle » en situation – par exemple en utilisant le cahier « Le loup »)

      Cordialement

      Danièle Dumont

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