Encore et toujours la formation du e

La formation de la lettre e revient encore et toujours. Le e avec une cassure partage avec le trait d’attaque devant les lettres rondes une sort de rôle de monstre du Loch Ness de l’écriture.

Le principe du recodage est un outil complémentaire pour comprendre que cette forme n’est pas adaptée.  Les adeptes de ces e se retranchent derrière l’idée que les lettres s’enchaînent par des ligatures. Il y aurait donc « une ligature » puis « une boucle ».

Sans doute donnent-ils à ce mot (ligature) le sens de trait de liaison. Or une ligature est la fusion  de deux graphèmes  pour former une nouvelle unité. Rien à voir donc avec l’addition trait de liaison + petite boucle  mise en avant dans les adeptes des e avec cassure. Cette obtention d’une unité nouvelle par fusion de deux unités et non par addition est ce qu’on appelle le chunking . La fusion des deux unités est due au recodage qui s’opère pour prendre en compte à la fois les deux formes en présence.

Les formes se chunkent pour former des lettres, les lettres se chunkent pour former des mots. Si « les  conditions qui permettent  de  faciliter  les  ligatures  de cette lettre  avec  la  lettre  précédente  peuvent  être  un  critère permettant de départager les différentes positions » (Cf. Eduscol) alors l’adoption d’une cassure sur le e est écartée. Ligatures et cassures sur le e sont incompatibles. En effet la cassure est justement faite pour éviter cette fusion : c’est un artifice qui permet de fixer une seule et unique possibilité d’écrire e  en évitant de recoder la lettre qui précède ou la lettre e elle-même pour les enchainer de façon fluide. Le e avec cassure est une forme de l’écriture imprimée reprise par certains modèles d’écriture manuscrite et rarement utilisée chez l’adulte du fait de son manque d’économie (bien que cette raison d’être ne soit pas consciente). Elle est économique en imprimerie car elle permet de lier les e à toutes les lettres sans avoir à changer de caractère.

L’écriture manuscrite est un continuum, elle n’est pas constituée de lettres « attachées » (sauf entre s et une lettre ronde dans notre écriture française, ce qui n’est pas le cas dans la palmer – utilisée au Québec et en Amérique). Au risque de me répéter, je dirais qu’elle est formée de lettres qui se chunkent pour faire un mot : le mot est différent de l’addition des lettres qui le composent. Il suffit pour le comprendre d’écrire une ligne de c, une ligne de o, une ligne de n puis d’écrire ce bonbon en essayant de tracer chacune des lettres exactement comme les lettres écrites en lignes.  On voit bien que le mot écrit est autre chose qu’une suite de lettres qu’on attache, le recodage s’opère au fil de l’écrit et c’est justement ce recodage qui donne sa valeur à l’écriture manuscrite cursive.

En effet répondant à une nécessité de recoder au fil de l’écrit presque chaque forme constitutive des lettres et presque chaque lettre constitutive des mots, le recodage est une véritable gymnastique cérébrale qui participe du bon fonctionnement dju cerveau. C’est ce qui fait la supériorité de l’écriture cursive manuscrite sur l’écriture au clavier mais également sur l’écriture script. 

2 réflexions au sujet de « Encore et toujours la formation du e »

  1. Bonjour,

    J’entre tout juste dans le métier de professeure des écoles et je ne suis pas encore familière avec votre méthode d’écriture que je viens de découvrir. Je ne suis pas sûre d’avoir saisi le sens du « recodage ». Il s’agit de modifier l’attaque d’une lettre pour la lier à une autre ? Ou encore de modifier une forme constitutive d’une lettre pour en inclure une autre ? (le fait de commencer le s par une boucle haute que l’on tronque pour y accoler un rouleau est-il une forme de recodage ?)

    1. Bonjour Alice,
      Comme expliqué dans Le geste d’écriture pages 97 et 98 et montré dans la vidéo de ma chaine Youtube sur la formation de la lettre a https://www.youtube.com/channel/UCbi_HJjTuDbR6urHv___cnw, le recodage est le fait d’aménager une forme pour l’adapter à son environnement pour écrire une lettre (cas du rond dans la lettre a ou de la fin du pont des n et r pour amorcer l’attaque d’étrécie qui les terminent par exemple) ou d’aménager le début ou la fin d’une lettre pour l’adapter à son environnement pour écrire un mot (ex. n dans on). dans l’exemple que vous donnez, celui du s on peut effectivement considérer que le fait de tronquer la grande boucle constitue un recodage.
      Cf. recodage

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