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Tenue de stylo : un gros problème d’oreiller.

Au cours d’une formation une enseignante m’a présenté sa façon d’enseigner aux PS comment tenir de crayon et m’a demandé mon avis. Elle montre : elle place la main comme pour mimer un tir au revolver, un seul doigt tendu. Elle redresse la main, index en l’air, pouce écarté. Elle pose le crayon sur la dernière articulation du majeur et dans la commissure entre le pouce et l’index, tout contre le pouce. « Le crayon se repose sur l’oreiller » dit-elle. Ensuite le pouce lui fait des bisous et le pouce vient se placer sur le crayon face à l’articulation du majeur.

C’est effectivement une façon alléchante et sympathique de présenter la tenue du crayon. C’est simple à comprendre et on ne peut pas se tromper. Mais…

Une fois le crayon tenu, il va falloir apprendre à placer la main. Placée ainsi la main se posera sur le chant, c’est à dire sur le côté. Dans cette position, le crayon est parallèle à la feuille. Il restera donc à apprendre à l’enfant à retourner sa main pour la placer correctement.  Cet apprentissage-là est souvent oublié et on voit nombre d’enfants qui soulèvent le poignet en pont ou recroquevillent les doigts tout en tenant correctement la crayon.

Le mieux eu donc été d’enseigner directement une bonne position. Tant pis pour les bisous.

Supposons qu’on ait, en même temps, appris à tourner la main … et à manier le crayon, car il faut aussi apprendre à le manier, autrement dit à le faire bouger.  L’enfant peut alors s’exercer aux premières « écritures » , au coloriage, au dessin.

Viendra le jour où le stylo-bille fera suite au crayon. Et là, rien n’ira plus. Placé comme on le lui a enseigné ce n’est pas la bille du stylo qui touche la feuille mais le cerclage métallique et l’enfant se demandera bien pourquoi il n’y arrive pas. L’enseignante aussi d’ailleurs, comme l’a déploré une autre enseignante au cours d’une autre formation. « Je suis pourtant votre méthode » disait-elle et elle ne savait que faire devant tous ces enfants qui écrivaient bien au crayon et qui n’y arrivaient plus au stylo-bille. C’est tout simplement qu’elle avait modifié ce que je propose.

C’est vrai que c’est tentant d’introduire des « variantes », surtout si leur présentation se rapproche de l’univers de l’enfant. Il est donc prudent de se donner les moyens d’en analyser toutes les conséquences. Le problème, en ce qui concerne cette variante-là, c’est qu’elle induit des difficultés (et qu’on la voit beaucoup, dessins à l’appui).

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Blocage dans l’apprentissage de la tenue du crayon

Question : Suite à deux jours de formation avec vous, nous avons mis en place les activités que vous nous avez proposées. Les progrès des enfants dans la gestion de l’espace graphique sont étonnants. Par contre, blocage au niveau de la peinture à doigt. La stagnation est encourageante. Les enfants sont focalisés sur le résultat et ne prêtent pas attention au geste sur lequel nous insistons : ils travaillent trop vite, les doigts sont crispés (ainsi que le bras) et la main est serrée sur la paume (malgré l’ombre du lapin et la boule de cotillon), l’index descend souvent sur le bout et rarement sur la pulpe, la main est tournée trop vers l’intérieur (poignet à plat), ou vers l’extérieur (mais posée sur la côté). Comment doit être placé le pouce ? Faut-il le placer comme pour « dring dring » ? De plus certains enfants n’arrivent jamais à le plier. Nous avons l’impression de les lasser en leur demandant toujours une activité de peinture à doigt, même sur des thèmes variés. La répétition sera-t-elle efficace ?

Réponse  Quelques mots, rapidement, au sujet du traitement de l’espace (gestion statique de l’espace graphique). C’est un constat récurrent : avant de l’avoir essayé on ne s’imagine pas à quel point les enfants apprennent facilement à disposer des objets ou des productions graphiques de façon régulière, proportionnée, en allant droit et en les plaçant verticalement. La peinture à doigt est effectivement plus difficile à réaliser de façon efficace.

Plusieurs aspects sont concernés et votre question les pointe bien. La focalisation sur le résultat, le travail du bout du doigt, la position de la main en pronation (main à plat) ou en supination (main sur le chant), la difficulté à plier le pouce, et pour finir, la lassitude et le désir d’utiliser des crayons.

Je commencerai par le dernier point : la lassitude s’installe et les enfants veulent dessiner ; c’est logique. C’est pourquoi je précise, en page 45 du Geste d’écriture *: « Ce travail ne sera pas trop prolongé dans le temps, il laissera place aux mêmes activités au crayon dès que la bonne position des doigts et de la main sera acquise. »  (*La 3ème édition sera disponible en septembre 2012).

Pour qu’une activité ne s’installe pas trop dans le temps, il est indispensable qu’elle soit solidement préparée. L’un des plus gros écueils pour commencer est la difficulté à plier le pouce.  Pour éviter que la peinture à doigt s’éternise, on gagne donc à apprendre aux enfants à plier le pouce avant les premières activités de peinture à doigt : accrochages d’objets au moyen de pinces à linge, cannelures autour d’un disque en pâte à sel ou en pâte à modeler auront pour objectif pédagogique d’apprendre à plier le pouce. La marque des ongles doit se voir de chaque côté du disque. On y ajoutera la sonnette et on ne commencera pas la peinture à doigt avant que l’enfant soit capable de plier son pouce.

Une fois que le pouce se plie, la mise en place de la main pourra se faire, et nous remontons aux troisième et quatrième questions. Pour placer la main en semi-supination (c’est à dire ni sur le chant ni à plat), et pour faire travailler avec la pulpe de l’index et non avec le bout de l’index je propose qu’on apprenne à caresser la feuille de la pulpe de l’index. On pourra, par exemple, découper un animal dans de la feutrine ou du velours et le faire caresser aux enfants en leur demandant de ne pas faire toucher leur pouce sur la feuille. Pour cela on aura placé juste avant une grosse tache de peinture là où le côté du pouce toucherait la feuille et on demande aux enfants de ne pas mettre la main dans la peinture.

Ce n’est qu’une fois que tout cela sera en place que pourra commencer la peinture à doigt. On le fera en rappelant l’ensemble des activités préparatoires. On fera faire la pluie qui tombe, les pattes et le cou de girafes ou d’autruches ou tout autre tracé vertical qui sera l’occasion de placer sa main correctement et d’utiliser son index (cf. cahier 1 de maternelle  – L’édition 2011 reprend le contenu de la première édition mais les consignes y sont plus explicites ).  On évitera de la façon la plus concrète possible que la main soit trop fermée : par exemple à l’approche de Pâques un petit poussin (de ceux qu’on voit aux vitrines des pâtissiers) remplacera la boule de cotillon.

En procédant ainsi, l’apprentissage de la tenue du crayon devrait pouvoir se faire sans difficultés majeures Pour finir, je reviendrai à la dernière question, le désir d’utiliser un crayon. Ce désir légitime peut être un argument motivant : dès qu’on saura faire la peinture à doigt on pourra utiliser un crayon (trois mois sans crayon, ça me semble très lourd).