Blocage dans l’apprentissage de la tenue du crayon

Question : Suite à deux jours de formation avec vous, nous avons mis en place les activités que vous nous avez proposées. Les progrès des enfants dans la gestion de l’espace graphique sont étonnants. Par contre, blocage au niveau de la peinture à doigt. La stagnation est encourageante. Les enfants sont focalisés sur le résultat et ne prêtent pas attention au geste sur lequel nous insistons : ils travaillent trop vite, les doigts sont crispés (ainsi que le bras) et la main est serrée sur la paume (malgré l’ombre du lapin et la boule de cotillon), l’index descend souvent sur le bout et rarement sur la pulpe, la main est tournée trop vers l’intérieur (poignet à plat), ou vers l’extérieur (mais posée sur la côté). Comment doit être placé le pouce ? Faut-il le placer comme pour « dring dring » ? De plus certains enfants n’arrivent jamais à le plier. Nous avons l’impression de les lasser en leur demandant toujours une activité de peinture à doigt, même sur des thèmes variés. La répétition sera-t-elle efficace ?

Réponse  Quelques mots, rapidement, au sujet du traitement de l’espace (gestion statique de l’espace graphique). C’est un constat récurrent : avant de l’avoir essayé on ne s’imagine pas à quel point les enfants apprennent facilement à disposer des objets ou des productions graphiques de façon régulière, proportionnée, en allant droit et en les plaçant verticalement. La peinture à doigt est effectivement plus difficile à réaliser de façon efficace.

Plusieurs aspects sont concernés et votre question les pointe bien. La focalisation sur le résultat, le travail du bout du doigt, la position de la main en pronation (main à plat) ou en supination (main sur le chant), la difficulté à plier le pouce, et pour finir, la lassitude et le désir d’utiliser des crayons.

Je commencerai par le dernier point : la lassitude s’installe et les enfants veulent dessiner ; c’est logique. C’est pourquoi je précise, en page 45 du Geste d’écriture *: « Ce travail ne sera pas trop prolongé dans le temps, il laissera place aux mêmes activités au crayon dès que la bonne position des doigts et de la main sera acquise. »  (*La 3ème édition sera disponible en septembre 2012).

Pour qu’une activité ne s’installe pas trop dans le temps, il est indispensable qu’elle soit solidement préparée. L’un des plus gros écueils pour commencer est la difficulté à plier le pouce.  Pour éviter que la peinture à doigt s’éternise, on gagne donc à apprendre aux enfants à plier le pouce avant les premières activités de peinture à doigt : accrochages d’objets au moyen de pinces à linge, cannelures autour d’un disque en pâte à sel ou en pâte à modeler auront pour objectif pédagogique d’apprendre à plier le pouce. La marque des ongles doit se voir de chaque côté du disque. On y ajoutera la sonnette et on ne commencera pas la peinture à doigt avant que l’enfant soit capable de plier son pouce.

Une fois que le pouce se plie, la mise en place de la main pourra se faire, et nous remontons aux troisième et quatrième questions. Pour placer la main en semi-supination (c’est à dire ni sur le chant ni à plat), et pour faire travailler avec la pulpe de l’index et non avec le bout de l’index je propose qu’on apprenne à caresser la feuille de la pulpe de l’index. On pourra, par exemple, découper un animal dans de la feutrine ou du velours et le faire caresser aux enfants en leur demandant de ne pas faire toucher leur pouce sur la feuille. Pour cela on aura placé juste avant une grosse tache de peinture là où le côté du pouce toucherait la feuille et on demande aux enfants de ne pas mettre la main dans la peinture.

Ce n’est qu’une fois que tout cela sera en place que pourra commencer la peinture à doigt. On le fera en rappelant l’ensemble des activités préparatoires. On fera faire la pluie qui tombe, les pattes et le cou de girafes ou d’autruches ou tout autre tracé vertical qui sera l’occasion de placer sa main correctement et d’utiliser son index (cf. cahier 1 de maternelle  – L’édition 2011 reprend le contenu de la première édition mais les consignes y sont plus explicites ).  On évitera de la façon la plus concrète possible que la main soit trop fermée : par exemple à l’approche de Pâques un petit poussin (de ceux qu’on voit aux vitrines des pâtissiers) remplacera la boule de cotillon.

En procédant ainsi, l’apprentissage de la tenue du crayon devrait pouvoir se faire sans difficultés majeures Pour finir, je reviendrai à la dernière question, le désir d’utiliser un crayon. Ce désir légitime peut être un argument motivant : dès qu’on saura faire la peinture à doigt on pourra utiliser un crayon (trois mois sans crayon, ça me semble très lourd).

 

 

 

 

2 réflexions au sujet de « Blocage dans l’apprentissage de la tenue du crayon »

  1. Bonjour
    Je suis enseignant en classe de Grande section. Je mets en place votre méthode depuis le début de l’année pour la première fois.
    Lors de la mise en place au début de l’année, je me suis rendu compte que les élèves ne maitrisaient pas suffisamment l’espace graphique, leur latéralisation ni même la posture ou la tenue du crayon. J’ai donc tout repris depuis le début, tranquillement.
    Malheureusement, je constate maintenant que nous entrons dans l’écriture de mots avec des boucles et des étrécies que beaucoup n’ont toujours pas une tenue correcte du crayon (crayon posé sur l’annulaire) : au début de l’année 19 sur 22 ! Je suis descendu à 11. Ces derniers gardent un réflexe contre lequel je me trouve démuni. Cela leur pose des soucis dans l’enchainement des formes de bases ou des lettres.
    Comment remédier à cela ? Nous avons utiliser les comptines, les jeux de doigts, des affichages…
    Comment prévenir cette difficulté chez les petits et les moyens ?

    Merci

    1. Bonjour
      Les enfants arrivent chez vous après deux années d’école maternelle et du « travail » fait à la maison pendant les vacances. Avec vous, ils ont 7 mois d’enseignement. Ces mois sont entrecoupés de vacances. Il vous faut donc combattre des habitudes et combattre peut-être aussi le produit de conseils toxiques qui circulent sur internet. Je vous suggère de reprendre dès le début tout ce qui fait plier le pouce. Tous les jeux de doigts que vous trouverez dans ce sens. Ensuite la sonnette. Ensuite l’ombre du lapin ( attention le lapin ne doit pas avoir de corne, donc le pouce ne doit pas dépasser pour ne pas se voir sur l’ombre.). Ensuite le crabe qui montre jusqu’au bout de la table (on pianote rapidement sur la table en face de soi en allant jusqu’au bout de la table, le poignet bien en appui.
      Surtout on ne fait rien qui ferait soulever le poignet pour écrire. Surtout aussi on ne place pas les doigts en position pour y poser le crayon avec l’autre main. Cela remplace le geste par l’intellectualisation et prive l’enfant de l’exercice de prendre le crayon.
      Chez les petits et les moyens il faut vraiment commencer par le commencement. La nouvelle édition du geste d’écriture va bientôt être publiée. Vous y trouverez un développement approfondi de ma méthode.
      Cordialement

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