La disparition de Jean-Paul Belmondo me ramène à la vocation première de ce billet. Ce sont des circonstances particulières qui en ont fait dès sa première publication un billet dédié au confinement imposé par la Covid. Le billet va donc reprendre le cours de la vie, une vie que j’espère pour nous tous, normale. C’est donc sur le départ de cet homme extraordinaire  et pourtant si familier à chacun que je rouvre ce billet.

Certains retiendront les castagnes mémorables. Plus nombreux sans doute seront ceux qui se souviendront surtout de l’homme qui aimait la vie et qui lui portait le regard bienveillant de ceux qui aiment discrètement les autres.

Les hommages à notre Bebel national ont été nombreux et éloquents. J’adhère à cette reconnaissance quasi unanime qui accompagne le départ des grands hommes (et femmes bien évidemment). Je voudrais tout simplement mettre ici en évidence une phrase, une simple phrase prononcée par Jean-Paul Belmondo au constat de l’échec du film Désiré.

Je ne connais pas la situation culturelle des banlieues 25 ans après mais je rêve que cette phrase porte le germe d’une vraie réflexion sur la prise en  compte des capacités de compréhension et de pensée de tous, y compris ceux qui sont socio-culturellement les plus modestes.

Devant l’accueil frileux que les salles de cinéma ont réservé à son film Désiré réalisé par Bernard Murat, Jean-Paul Belmondo déplorait par ces mots que la politique mercantile du monde du cinéma ait entravé la sortie de cette adaptation d’une pièce de théâtre de Sacha Guitry. (Archives INA https://www.youtube.com/watch?v=Lrgya-GutUg)

Qu’on ne nous dise pas : Ils (les spectateurs), ne veulent voir que des films américains(.…), C’est comme dans les banlieues (…) dans les complexes de banlieue on leur fout que des trucs où il y a des têtes qui éclatent et des cerveaux qui se plaquent au plafond, on tue du flic, (il n’y a) que ça.

Vous croyez que les gens sont aussi bêtes pour ne pas aller voir Désiré ? Mais ça leur plairait. Pourquoi ça leur plairait pas? Ils ont pas envie de voir que de la violence, ils l’ont la violence chez eux sans arrêt, elle est là, présente, si on leur donne un autre truc où ça rêve, où c’est un petit peu … je crois que c’est une bonne chose de leur montrer. Faut pas les prendre pour plus bêtes qu’ils ne sont.”

C’était en 1996. C’était il y a 25 ans.

Et si on arrêtait de vouloir faire ultrasimple sous le prétexte de se mettre à la portée des indigents, peut-être permettrait-on à ceux qui ont du mal à y arriver seuls – quel que soit d’ailleurs leur milieu social – de mieux comprendre le monde et s’y épanouir ?