Archives de catégorie : La latéralité

Ne pas écrire avec sa « bonne main » est source de difficultés. Comment repérer la main qui convient ? Quels sont les problèmes posés par la gaucherie ? Comment tenter de les résoudre ?

L’utilisation des ciseaux par un gaucher

Une question qui peut intéresser tous les enseignants vient des m’être posée :   J’ai assisté la semaine dernière à votre formation à la faculté des sciences de Montpellier. Je vous remercie pour cette intervention, je continue ma réflexion sur l’écriture cursive en maternelle. Je me demandais si vous aviez un avis concernant l’utilisation des ciseaux par les gauchers. Deux pistes existent, soit on considère qu’il faut donner l’outil adapté, ciseaux de gaucher, à l’enfant dans l’esprit du respect des différences, soit, comme me le disait une collègue gauchère, « dans la vie on ne trouve que des ciseaux de droitier, donc autant apprendre avec un outil non dédié dès le départ. Tous les ans je me pose la même question, en attendant je laisse le choix à mes élèves. Qu’en pensez-vous ? En vous remerciant pour votre éclairage, je vous salue très cordialement,

Voici ma réponse :

Pour qu’une paire de ciseaux coupe, le mouvement des doigts doit rapprocher les lames. La difficulté consiste à les mouvoir de façon efficace.

À mon avis votre façon de gérer la question est la plus légitime. En effet, d’une part les différences doivent être respectées, d’autre part on trouve peu de ciseaux de gauchers « dans la vie courante ». Laisser l’enfant choisir me semble donc bien ; cela dit cette proposition recouvre plusieurs réalités :

1) – laisser à l’enfant le choix d’utiliser une paire de ciseaux de gaucher, donc de sa main gauche

2) – laisser à l’enfant le choix d’utiliser une paire de ciseaux de droitier de sa main droite 

3) – laisser à l’enfant le choix d’utiliser une paire de ciseaux de droitier de sa main gauche 

Pour que l’enfant ne se trouve pas empêché de couper correctement faute de paires de ciseaux adaptées, je dirais que le choix laissé à l’enfant se situe préférentiellement entre la 2ème et la 3ème possibilité, l’une et l’autre concernant l’utilisation d’une paire de ciseaux de droitier. À mon avis, ce choix va dépendre du taux d’ambidextrie de l’enfant :

– Sans trop de maladresse de la main droite (taux d’ambidextrie forte) il choisira la 2ème solution : utiliser de sa main droite une paire de ciseaux de droitier. 

– Avec un taux d’ambidextrie plus faible, il choisira la 3ème : utiliser de sa main gauche une paire de ciseaux de droitier, il lui faudra alors mobiliser ses doigts de telle façon qu’ils rapprochent les deux lames. Cela demandera un certain entraînement.

Plus que de lui expliquer, il me semble que le mieux est  de le laisser tâtonner.

 

Quelques questions courantes sur la latéralité

Utiliser sa main gauche pour écrire ne signifie pas qu’on soit gaucher. On peut utiliser sa main gauche parce qu’on veut faire comme quelqu’un qu’on aime ou qu’on admire (c’est le mimétisme) ou parce qu’on veut être comme lui (c’est ce qu’on appelle l’identification).

Certains enfants utilisent leur main gauche en croyant faire comme le droitier qui est assis en face d’eux. C’est ce qu’on nomme l’effet miroir. Une fois qu’on a l’habitude d’écrire de la main gauche, cette main est entraînée à écrire. Si on change de main parce qu’on est droitier, les débuts seront moins réussis de la main droite que de la main gauche ; c’est normal. Avec la rééducation graphique ce sera vite l’inverse.

Il est fréquent que dans un couple de jumeaux l’un soit droitier, l’autre gaucher.  Si chez deux jumeaux de la même latéralité, l’un écrit bien l’autre écrit mal, il est possible que celui qui écrit mal ne le fasse pas de la main qui lui convienne, y compris s’il s’agit de vrais jumeaux.   Sa latéralité est donc vérifier.

Cette question en soulève une autre : celle du changement de main scriptriceMon enfant a été testé pour sa latéralité : il est droitier mais il écrit de la main gauche. m’écrit une mamanIl a 10 ans. N’est-il pas trop tard pour qu’il apprenne à écrire de la main droite ?

L’écriture est commandée par le cerveau. Ce n’est donc pas un réapprentissage total de l’écriture. Il s’agira juste de lui apprendre à faire bouger ses doigts correctement et à déplacer son bras pour écrire avec souplesse. Il ne s’agit pas de faire « de la gymnastique des doigts ». Ça ne lui apprendrait pas à tenir et manier le crayon.

Les exercices sont spécifiques et doivent être guidés par le rééducateur/la rééducatrice afin de correspondre exactement à l’objectif général mais aussi aux besoins et aux possibilités de l’enfant. Bien sûr, il/elle en profitera pour améliorer aussi l’ensemble de son écriture si nécessaire. C’est l’affaire de 5 à 6 séances maximum.

Voir son enfant taper dans un ballon du pied gauche incite à le dire gaucher. Certes, mais gaucher du pied. Pas forcément de la main.  S’il hésite entre écrire de la main gauche et écrire de la main droite, ce n’est pas la latéralité du pied qu nous guidera. C’est celle de sa main qu’il faut vérifier.

On peut, en effet, être gaucher du pied et droitier de la main ou inversement. Même chose pour l’œil. Une astuce pour vérifier la latéralité de l’œil : Fixez un objet au bout d’un crayon. Faites-le tenir par l’enfant bras tendu et demandez-lui de viser un objet fixé au mur. Passez derrière lui et bouchez-lui un œil. Enlevez votre main et bouchez-lui l’autre œil. Sa réaction spontanée vous dira de suite quel est l’œil directeur. Essayez, vous comprendrez (Lorsque l’enfant vise avec son œil directeur, il ne se passe rien. Lorsqu’il vise avec l’autre œil, comme ce n’est pas cet œil-là qui « dirige », l’enfant a l’impression que l’objet a brusquement bougé) .

Doit-on obliger un enfant ambidextre à choisir entre main gauche et main droite ?

 Doit-on obliger un enfant ambidextre à choisir entre main gauche et main droite ?

Une maman m’écrit : Ma fille a 5 ans, elle est en GS de maternelle et est complètement ambidextre. Nous avons fait des tests avec la maîtresse pour savoir si elle utilisait plus une main que l’autre. Nous avons constaté que c’était vraiment 50/50, mais la maîtresse veut que je consulte un psychomotricien car elle dit qu’il faut déterminer une main pour l’écriture ( elle écrit pourtant aussi bien de la droite ou de la gauche. ) J’aimerai savoir ce que vous en pensez.

Il existe effectivement des cas de nette ambidextrie. Vous pouvez revérifier la latéralité de votre fille à partir du test de la latéralité du livre Le geste d’écriture – méthode d’apprentissage – cycle 1 – cycle 2.  S’il s’avère qu’elle est effectivement ambidexte, et si elle est habile des deux mains – ce qui devrait alors être le cas – la consultation d’un psychomotricien ne me semble pas s’imposer.

Je vous suggère de proposer à votre fille de faire de la main droite les exercices qui lui sont demandés pour apprendre à écrire et de lui permettre d’utiliser sa main gauche autant qu’elle veut en dehors de cela (écriture au brouillon – si tant est qu’on puisse parler de cela à son âge – , écriture pour s’amuser et toute autre écriture ou trace graphique que celle qui est imposée dans le cadre de son apprentissage). cela ne signifie pas qu’elle doive utiliser systématiquement la main gauche pour cela ; c’est simplement un choix qui lui est laissé. Cela devrait lui permettre de bien structurer son écriture et satisferait son ambidextrie.

La gaucherie au quotidien

A la suite d’une question qui vient de m’être posée sur Facebook, voici mes recommandations pour la tenue du crayon du gaucher. (cf.  Le geste d’écriture, édition 2016, page 220) 

Tout d’abord une précision : pour un bon confort d’écriture les muscles ne doivent pas être sollicités par d’autres tensions que celles de l’acte d’écrire.  C’est cette considération qui explique les conseils repris ci-dessous :

Pour apporter du confort au gaucher dans ses activités graphiques, on veillera à :

– ne pas le placer à droite d’un droitier,
– lui faire avancer sa feuille sur la table,
– lui faire incliner sa feuille vers la droite selon un axe un peu plus prononcé que l’inclinaison de la feuille du droitier vers la gauche,
– lui faire adopter une tenue de crayon longue, c’est-à-dire les doigts loin de la mine,
– ne pas exiger qu’il trace ses traits libres (barres de , tirets, traits d’union…) de gauche à droite.

Pour la qualité de la relation avec les autres enfants au sujet de son écriture, ne pas oublier que la gaucherie n’est ni un handicap ni une anomalie, ce n’est pas non plus un choix destiné à se démarquer des autres, c’est une caractéristique comme une autre sur laquelle il n’y a pas lieu de s’attarder outre mesure.

Si la gaucherie devait être considérée comme handicapante pour écrire, alors on devrait aussi considérer que les droitiers de langue arabe ou hébraïque sont handicapés pour écrire puisqu’ils le font de droite à gauche.

Quelques précisions :

  • En avançant la feuille sur la table on dégage le coude du corps afin qu’il ne soit pas bloqué au cours de l’écriture.
  • En inclinant la feuille vers la droite on la place dans l’axe de l’avant-bras de telle façon que les muscles ne sont pas tendus.
  • En l’inclinant plus que pour le droitier on voit mieux l’écriture.
  • Idem en ayant une tenue longue, c’est à dire les doigts pas trop près de la mine.

Pour le reste, c’est comme pour le droitier, la main se situe sous la ligne d’écriture.

 

Au sujet du test de latéralité

Une énorme anomalie s’est glissée dans le test de latéralité publié dans la dernière édition du geste d’écriture et, par voie de conséquence, dans la publication du test sur mon site.
Publiant le même test depuis 1999 et ayant demandé que les vingt items soient repris à l’identique, j’avais eu l’imprudence de ne pas le relire.

Je viens de le rectifier. Il est toujours au même endroit : ici

Test de latéralité

De nombreux enfants qui écrivent de la main gauche écrivent mal. Pour plusieurs d’entre eux, c’est tout simplement qu’ils ne sont pas gauchers. La plupart du temps, le choix de leur main d’usage  pour écrire a été déterminé par l’imitation d’un tiers qu’ils admirent ou par une pseudo imitation par effet miroir de droitiers placés en face d’eux. Tester la latéralité de l’enfant permet de savoir à quoi s’en tenir de façon à intervenir si nécessaire pour aider l’enfant à écrire de sa main dominante. L’enfant peut alors être dirigé vers un professionnel qualifié qui lui fera passer un test.  Il existe plusieurs tests, mon objectif n’est pas de les citer ici, une recherche sur Internet renseignera le lecteur à ce sujet.

Ce dont je veux parler ici, c’est de la possibilité de tester l’enfant au sein même de la classe donc sans avoir à attendre un rendez-vous qui risque d’être lointain et de laisser l’enfant devant ses difficultés pendant un temps toujours trop long.

J’ai construit pour cela un test à « faire passer » sans sortir l’enfant de la classe. Si j’écris faire passer entre guillemets c’est parce que l’objectif est de ne pas mettre l’enfant en situation de test, donc d’obtenir le résultat en observant l’enfant dans des situations de classe.  J’ai donc analysé plusieurs tests existants et évalué la faisabilité de chaque item dans le cadre de la classe sans que l’attention de l’enfant soit attirée. A partir de cette analyse, j’ai opéré un choix qui m’a permis de construire un test de vingt items. Chaque item est côté 5 fois. La grille comporte deux parties une 1ère où est consigné le résultat de chacune des 5 observations de chaque item et une 2ème qui en fait la synthèse.

Cette grille est publiée dans chacune des éditions du Geste d’écriture.

La voici ci-joint.  Test de latéralité à réaliser en situation de classe

L’œil directeur : tester la latéralité oculaire

Il existe plusieurs « tests » de latéralité oculaire. Les guillemets pointent les risques de relativité de certains de ces tests.

Ainsi, celui qui consiste à repérer avec quel œil on regarde dans un tube est aléatoire car l’œil choisi peut dépendre de la main choisie.

En revanche, ce biais n’existe pas dans celui qui consiste à observer la fixité ou le déplacement d’un objet lorsqu’on le regarde au-delà d’une mire avec les deux yeux puis avec un seul. Si l’objet reste fixe lorsqu’on se bouche un œil, c’est qu’on le regarde avec l’œil directeur. Si on a l’impression que l’objet s’est déplacé, c’est qu’on le regarde avec son œil non directeur, peu importe la main qui le tient. (Cf. Le geste d’écriture édition 2016 page 214). Cette mire peut être le bout d’un crayon tenu à bout de bras. La main utilisée pour le tenir n’interfère en aucune façon dans le résultat.

Ces deux tests diffèrent à tout point de vue, notamment dans l’objet de l’observation : le 1er  considère de quel œil on regarde dans le tube, c’est une question de choix, conscient ou inconscient, dans quelques cas, la main utilisée est susceptible d’interférer dans le « choix » de l’œil. Le 2ème  considère un fait neurologique, le choix n’interfère en aucun moment, la main utilisée non plus.  Alors que dans le 1er test on peut choisir délibérément de placer le cylindre devant tel œil, dans le second on ne peut pas choisir de faire en sorte que l’objet visé sera ou ne sera plus dans la ligne de mire.

Pour donner de l’intérêt au second test pour un jeune enfant on peut chausser son index d’un manchon représentant un personnage et lui demander de placer le personnage à un lieu précis d’un paysage dessiné sur un poster fixé au mur, par exemple au bord de l’eau. Si le personnage reste au bord de l’eau quand l’enfant ferme un œil, c’est qu’il regarde de l’œil directeur ; s’il saute dans l’eau ou s’en éloigne c’est que l’enfant regarde avec l’œil non directeur.