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La boucle, le jeu de hockey et les gauchers

Dans toutes les lettres de notre alphabet il existe au moins un tracé qui se dirige vers la droite par un mouvement concave (y compris les m et n puisqu’ils se terminent en tournant vers la droite pour toucher la ligne).  Ce mouvement est donc essentiel pour écrire, donc pour apprendre à écrire.  (Au tout début de l’écriture il sert à écrire des e, des l, des i …)

Pour enseigner ce mouvement j’ai inventé un relais de hockey   pratique plus efficace que le jeu de croquet que je proposais précédemment mais qui se fondait sur les mêmes principes.

La question m’a été posée de savoir si ce jeu ne posait pas problème aux gauchers. Voici ma réponse.

Ayant le même objectif que les droitiers (encoder la 1ère unité de mouvement – qui sera utilisée plus tard dans l’écriture de toutes les lettres cursives sans exception) les gauchers suivent la même règle du jeu que les droitiers : ils se placent au même endroit et frappent dans le même sens.

Ils font donc « pareil »…  mais différemment.

« Pareil » parce que c’est la même règle du jeu. « Différemment » parce qu’ils sont gauchers donc on ne va pas leur faire faire des gestes de droitiers. C’est la même chose lorsqu’ils écrivent : on tient compte du fait qu’ils utilisent la main, donc le bras, gauche et on leur fait avancer un peu plus leur bras sur la table que le fait le droitier. Le geste n’est pas exactement le même mais le déroulement de l’écriture reste le même.

Donc, pour le jeu de hockey, le gaucher se placera comme le droitier sur le tapis, la piste à sa gauche, il se tournera pour poser le palet  sur la piste entre les deux rangées de tapis comme le droitier. En revanche, tandis que le droitier restera plus ou moins face à la piste, le gaucher se tournera plus ou moins vers le lieu où il va diriger son palet afin que son épaule gauche pivote pour pousser le palet (alors que l’épaule du droitier « s’ouvre » plus précisément fait écarter son bras du corps.) Il sera ainsi  dans une position confortable ; à l’inverse du droitier, sa main droite sera en haut pour servir d’appui, de pivot, et sa main gauche sera en bas pour assurer le mouvement de balancier nécessaire pour pousser le palet.

L’enfant comprend bien que la règle d’un jeu s’applique au jeu en question et que, pour d’autres jeux il y a d’autres règles. La progression des activités : relais de hockey, mime du relais avec le foulard, jeu de foulard, trace du mouvement sur plan vertical lui fait situer à posteriori cet apprentissage dans la préparation à l’écriture.

Cela ne change rien au fait que dans d’autres jeux, y compris le hockey qui suit la règle traditionnelle ou une autre règle, il agira en fonction de son sens de déroulement habituel : de la droite vers la gauche.

Cette préparation à l’écriture n’est pas plus perturbante que de faire écrire un enfant gaucher au tableau. Les programmes moteurs s’adaptent instinctivement.

Pour que l’enfant comprenne ce qu’il doit faire, l’enseignant montre l’activité sans pour autant faire une démonstration explicite de la façon  de placer ses mains (sauf exception) ni pour le gaucher, ni pour le droitier, sauf si cela s’avère nécessaire. Certains actes sont instinctifs, naturels l’enseignant n’a pas à intervenir à ce sujet.

Pour comprendre qu’il n’y a pas de risques, il suffit de regarder les barres de t d’un gaucher : sauf s’il a été brimé par un enseignant rigide, le gaucher, qui pourtant a appris à écrire de gauche à droite, trace les barres de t de droite à gauche alors que personne ne lui a dit de le faire.  Il suit « la règle du jeu » de l’écriture mais revient à sa propre façon de faire en dehors de cette règle (soulignements, traits de séparation, figures géométriques etc.).

Au sujet du test de latéralité

Une énorme anomalie s’est glissée dans le test de latéralité publié dans la dernière édition du geste d’écriture et, par voie de conséquence, dans la publication du test sur mon site.
Publiant le même test depuis 1999 et ayant demandé que les vingt items soient repris à l’identique, j’avais eu l’imprudence de ne pas le relire.

Je viens de le rectifier. Il est toujours au même endroit : ici

Test de latéralité

De nombreux enfants qui écrivent de la main gauche écrivent mal. Pour plusieurs d’entre eux, c’est tout simplement qu’ils ne sont pas gauchers. La plupart du temps, le choix de leur main d’usage  pour écrire a été déterminé par l’imitation d’un tiers qu’ils admirent ou par une pseudo imitation par effet miroir de droitiers placés en face d’eux. Tester la latéralité de l’enfant permet de savoir à quoi s’en tenir de façon à intervenir si nécessaire pour aider l’enfant à écrire de sa main dominante. L’enfant peut alors être dirigé vers un professionnel qualifié qui lui fera passer un test.  Il existe plusieurs tests, mon objectif n’est pas de les citer ici, une recherche sur Internet renseignera le lecteur à ce sujet.

Ce dont je veux parler ici, c’est de la possibilité de tester l’enfant au sein même de la classe donc sans avoir à attendre un rendez-vous qui risque d’être lointain et de laisser l’enfant devant ses difficultés pendant un temps toujours trop long.

J’ai construit pour cela un test à « faire passer » sans sortir l’enfant de la classe. Si j’écris faire passer entre guillemets c’est parce que l’objectif est de ne pas mettre l’enfant en situation de test, donc d’obtenir le résultat en observant l’enfant dans des situations de classe.  J’ai donc analysé plusieurs tests existants et évalué la faisabilité de chaque item dans le cadre de la classe sans que l’attention de l’enfant soit attirée. A partir de cette analyse, j’ai opéré un choix qui m’a permis de construire un test de vingt items. Chaque item est côté 5 fois. La grille comporte deux parties une 1ère où est consigné le résultat de chacune des 5 observations de chaque item et une 2ème qui en fait la synthèse.

Cette grille est publiée dans chacune des éditions du Geste d’écriture.

La voici ci-joint.  Test de latéralité à réaliser en situation de classe

L’œil directeur : tester la latéralité oculaire

Il existe plusieurs « tests » de latéralité oculaire. Les guillemets pointent les risques de relativité de certains de ces tests.

Ainsi, celui qui consiste à repérer avec quel œil on regarde dans un tube est aléatoire car l’œil choisi peut dépendre de la main choisie.

En revanche, ce biais n’existe pas dans celui qui consiste à observer la fixité ou le déplacement d’un objet lorsqu’on le regarde au-delà d’une mire avec les deux yeux puis avec un seul. Si l’objet reste fixe lorsqu’on se bouche un œil, c’est qu’on le regarde avec l’œil directeur. Si on a l’impression que l’objet s’est déplacé, c’est qu’on le regarde avec son œil non directeur, peu importe la main qui le tient. (Cf. Le geste d’écriture édition 2016 page 214). Cette mire peut être le bout d’un crayon tenu à bout de bras. La main utilisée pour le tenir n’interfère en aucune façon dans le résultat.

Ces deux tests diffèrent à tout point de vue, notamment dans l’objet de l’observation : le 1er  considère de quel œil on regarde dans le tube, c’est une question de choix, conscient ou inconscient, dans quelques cas, la main utilisée est susceptible d’interférer dans le « choix » de l’œil. Le 2ème  considère un fait neurologique, le choix n’interfère en aucun moment, la main utilisée non plus.  Alors que dans le 1er test on peut choisir délibérément de placer le cylindre devant tel œil, dans le second on ne peut pas choisir de faire en sorte que l’objet visé sera ou ne sera plus dans la ligne de mire.

Pour donner de l’intérêt au second test pour un jeune enfant on peut chausser son index d’un manchon représentant un personnage et lui demander de placer le personnage à un lieu précis d’un paysage dessiné sur un poster fixé au mur, par exemple au bord de l’eau. Si le personnage reste au bord de l’eau quand l’enfant ferme un œil, c’est qu’il regarde de l’œil directeur ; s’il saute dans l’eau ou s’en éloigne c’est que l’enfant regarde avec l’œil non directeur.