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La tenue du crayon : les faux bons conseils

On constate de plus en plus que les enfants ont du mal à tenir le crayon. J’en ai donné quelques raisons directement liées aux nouvelles technologies.

J’en donnerai d’autres raisons liées indirectement aux nouvelles technologies, c’est à dire non pas aux technologies elles-mêmes mais à ce qu’elles propagent.

Moyen de diffusion d’une puissance inégalée jusqu’ici, le numérique propage, en effet, des informations utiles, mais aussi nombre de conseils toxiques qui le seront d’autant plus qu’ils sont alléchants.

Attention donc, si une proposition vous intéresse ne l’adoptez pas sur les bases de son emballage : essayez-la. Comme vous le feriez d’une paire de chaussures. Observez ce qui vous est proposé. Essayez sans rien y changer. Constatez. Tirez-en des conclusions qui ne soient marquées ni par votre désir d’adhérer à une proposition si bien présentée ni par un rejet à priori pour une raison ou pour une autre.

Vous expérimenterez ainsi, par exemple, un conseil abondamment diffusé sur des vidéos, des sites, des blogs et même des formations puis relayé d’abondance aussi par ceux qui se sont laissés piéger : bloquer un mouchoir avec l’annulaire et l’auriculaire pour faire fermer la main afin de mieux tenir le crayon.

Alors essayez. Prenez un mouchoir en papier. Placez-le dans votre main qui tient le crayon. Serrez-le fort contre votre paume avec votre annulaire et votre auriculaire tel que vous le montre le dessin ou la vidéo (que je ne montrerai pas ici ; ne faisons pas de publicité aux conseils toxiques).

Maintenant constatez. Votre pouce et votre majeur tiennent le crayon (votre index est posé dessus). Votre annulaire et votre auriculaire pressent le mouchoir. Pour cela ils sont désolidarisés du majeur. Vous constatez aussi que ces deux doigts sont crispés.

Enfin concluez. Votre majeur ne bénéficie pas de l’appui de  l’annulaire et de l’auriculaire puisqu’ils sont bloqués sur le mouchoir. 

En conséquence, l’annulaire et l’auriculaire n’offrant pas au majeur le bénéficie d’un appui, la tenue du crayon reste instable malgré une bonne prise et vous le ressentez lorsque vous écrivez mouchoir en main. 

Alors que faire ? En l’occurrence revenir à la technique d’origine qui était de placer dans la main une boule de cotillon ou un mouchoir roulé en boule : boule de cotillon pour enseigner l’écriture, mouchoir roulé en boule pour la rééduquer car le mouchoir ainsi utilisé permet  de moduler l’appui. Et même aller plus loin.

Vous trouvez la 1ère proposition dans Le geste d’écriture depuis sa 1ère parution en 1999 jusqu’en 2016. Vous ne trouverez pas la 2ème car je n’ai pas publié ma méthode de rééducation de l’écriture . Toutefois devant la difficulté induite par la diffusion de l’usage mal compris du mouchoir, j’ai aménagé la technique d’enseignement de telle sorte qu’enseignement et rééducation se rejoignent sur ce point et j’ai publié cet aménagement dans l’édition 2016 du Geste d’écriturepour que les enfants ne restent pas la main entrouverte pour écrire mais aussi qu’ils ne crispent pas leur doigts, nous leur mettrons dans la main une boule de coton à démaquiller que nous nommerons « petit poussin » pour la circonstance. L’objectif ludique de l’enfant est de tenir le « petit poussin » au chaud dans sa main sans l’écraser. L’objectif de l’enseignant est d’obtenir rapidement une bonne tenue de crayon (et d’éviter les crispations renforcées par un emploi inapproprié du mouchoir).

La tenue de crayon illustrée

L’une des préoccupations récurrentes en ce début d’année scolaire est la tenue du crayon.
Un leitmotiv en forme de plainte se diffuse : cette année c’est affreux, tous tiennent mal leur crayon ! Si vous vous souvenez bien, l’an dernier c’était déjà comme ça.   Vous trouverez des articles sur le site en tapant « crayon » ou en fouillant dans les news  dans la fonction recherche
Si vous êtes enseignants, vous avez très envie de pouvoir montrer aux parents comment repérer les mauvaises et les bonnes tenues de crayon. C’est l’objet de ce nouvel article. Il vous présente l’essentiel de ce qu’il faut savoir pour voir si une tenue de crayon est bonne ou mauvaise. N’oublions pas non plus son maniement (les doigts peuvent être correctement placés sur le crayon et la main mal positionnée. Le maniement du crayon crée alors des tensions, voire des douleurs).

Vous pourrez imprimer le PDF ci-dessous et, si vous êtes enseignant, le distribuer aux parents si vous le souhaitez.

Tenue de crayon

Bonne observation !

Apprendre ce qu’il faut pour pouvoir tenir un crayon.

Drôle de titre sans doute que celui-ci.

« Apprendre à tenir le crayon » serait un titre plus simple Oui. Mais ce serait un risque d’erreur. En effet, l’une des erreurs majeures dans l’apprentissage de la tenue du crayon est que l’action reste très souvent centrée sur la position des doigts sur le crayon ; les activités préparatoires sont souvent oubliées ou erronées.

Si on veut enseigner correctement l’écriture dont la tenue et le maniement du crayon il ne faut pas remplacer le sémantique par le procédural, c’est à dire pas remplacer par des explications intellectuelles ce qui relève des processus.

On le comprendra aisément en pensant que tout le monde balance (plus ou moins) les bras en marchant (sauf les personnes atteintes de la maladie de Parkinson) alors que personne n’a appris à le faire. Votre marche sera moins assurée si vous commencez à réfléchir à la façon dont vous balancez les bras et dont vous posez les pieds. Donc, pour moi, pour apprendre à écrire on apprend ce qu’il faut faire pour apprendre à tenir le crayon. Mais c’est tout, c’est à dire que pour moi, sauf dans des cas très spécifiques de tout petits qui ont vraiment des difficultés nécessitant une technique particulière et qui sont pris en charge pour cela hors de la classe on oublie toutes ces histoires de voiture, de coussin, d’oreiller ou je ne sais quoi encore. Quand on a été préparé… on prend le crayon et on écrit. C’est tout  

C’est la préparation qui compte, ensuite, ça se fait « tout seul ». Si on peut utiliser la sorte de réflexe de la position révolver pour apprendre la position du pouce sur le côté du majeur, on ne va surtout pas mettre les doigts dans cette position puis, en le prenant de l’autre main, disposer le crayon entre les doigts tendus. Cette position n’existe à aucun moment lorsqu’on attrape le crayon pour écrire. Ce geste (mise en position révolver) sert uniquement à préparer la position respective du pouce, de l’index et du majeur.

Une fois bien préparée, la bonne prise du crayon se fait donc « toute seule »,  à la condition que personne ne vienne mettre son grand de sel pour dire des sottises que l’enfant prendra au pied de la lettre et qu’il n’arrivera pas à satisfaire.

Par exemple si on lui dit de placer son pouce  et son index exactement face à face comme on peut l’entendre dans une vidéo qui parle d’une famille assise dans une voiture et qu’en même temps on lui donne un crayon triangulaire (comme il en existe dans la quasi totalité des écoles) alors on lui rend la tâche impossible : pouce et index ne peuvent pas être face à face avec ces crayons-là.  Donc l’enfant ne peut pas satisfaire à la consigne. 

Si on lui donne la même consigne et qu’on lui présente un crayon circulaire, alors il arrivera à placer ses doigts exactement comme on le lui demande mais la prise ne sera pas solide (on le voit bien dans la vidéo de l’histoire de la voiture).  Plus l’enfant va s’appliquer à ne pas dévier de la consigne, c’est à dire plus il va s’appliquer à placer son pouce et son index exactement face à face, plus il aura du mal à avoir une prise solide et il aura le sentiment d’être incompétent.

Le lecteur trouvera quelques réflexions sur les difficultés d’apprentissage de la tenue du crayon sur la 5ème vidéo de ma chaîne Youtube. Il pourra en profiter pour s’abonner. C’est ici  : https://www.youtube.com/watch?v=1pHldJEIT8w

Tenue de stylo : un gros problème d’oreiller.

Au cours d’une formation une enseignante m’a présenté sa façon d’enseigner aux PS comment tenir de crayon et m’a demandé mon avis. Elle montre : elle place la main comme pour mimer un tir au revolver, un seul doigt tendu. Elle redresse la main, index en l’air, pouce écarté. Elle pose le crayon sur la dernière articulation du majeur et dans la commissure entre le pouce et l’index, tout contre le pouce. « Le crayon se repose sur l’oreiller » dit-elle. Ensuite le pouce lui fait des bisous et le pouce vient se placer sur le crayon face à l’articulation du majeur.

C’est effectivement une façon alléchante et sympathique de présenter la tenue du crayon. C’est simple à comprendre et on ne peut pas se tromper. Mais…

Une fois le crayon tenu, il va falloir apprendre à placer la main. Placée ainsi la main se posera sur le chant, c’est à dire sur le côté. Dans cette position, le crayon est parallèle à la feuille. Il restera donc à apprendre à l’enfant à retourner sa main pour la placer correctement.  Cet apprentissage-là est souvent oublié et on voit nombre d’enfants qui soulèvent le poignet en pont ou recroquevillent les doigts tout en tenant correctement la crayon.

Le mieux eu donc été d’enseigner directement une bonne position. Tant pis pour les bisous.

Supposons qu’on ait, en même temps, appris à tourner la main … et à manier le crayon, car il faut aussi apprendre à le manier, autrement dit à le faire bouger.  L’enfant peut alors s’exercer aux premières « écritures » , au coloriage, au dessin.

Viendra le jour où le stylo-bille fera suite au crayon. Et là, rien n’ira plus. Placé comme on le lui a enseigné ce n’est pas la bille du stylo qui touche la feuille mais le cerclage métallique et l’enfant se demandera bien pourquoi il n’y arrive pas. L’enseignante aussi d’ailleurs, comme l’a déploré une autre enseignante au cours d’une autre formation. « Je suis pourtant votre méthode » disait-elle et elle ne savait que faire devant tous ces enfants qui écrivaient bien au crayon et qui n’y arrivaient plus au stylo-bille. C’est tout simplement qu’elle avait modifié ce que je propose.

C’est vrai que c’est tentant d’introduire des « variantes », surtout si leur présentation se rapproche de l’univers de l’enfant. Il est donc prudent de se donner les moyens d’en analyser toutes les conséquences. Le problème, en ce qui concerne cette variante-là, c’est qu’elle induit des difficultés (et qu’on la voit beaucoup, dessins à l’appui).

Liberté de choix de l’outil scripteur ?

Question :  Bonjour, Je constate depuis quelques années une évolution dans l’utilisation respective des types de crayons. L’usage du crayon à papier s’est prolongé, l’emploi du stylo à bille s’est généralisé au détriment du stylo à plume. J’aurais deux questions : D’abord, peut-on, au CP, mener de bout en bout l’apprentissage systématique de l’écriture au crayon à papier ? Ensuite, peut-on laisser les élèves utiliser le stylo qu’ils souhaitent dans les classes de CE et CM ? Je suis d’une génération ayant connu la plume Sergent-Major qui donnait de très belles écritures par les pleins et les déliés, et qui nécessitait de maîtriser la pression exercée sur la plume au risque de la casser ou de faire des « pâtés ». Cordialement

Ma réponse : Je commencerai par la 2ème partie de votre question. Vous évoquez l’usage ancien du porte-plume et vous soulignez la nécessité d’en maîtriser le maniement pour pouvoir écrire avec sous peine d’en casser la plume. Vous pointez-là une des causes de la mise à l’écart du stylo-plume, héritier direct du porte plume. Ces deux outils ont en commun de nécessiter une prise et un maniement adapté. (La nécessité d’avoir sous la main de quoi les alimenter en encre en est sans doute une autre.) On comprend alors que la façon de tenir et manier le crayon rend leur usage impossible pour beaucoup de personnes actuellement . Reste le choix du stylo (le cas évoqué étant un non-choix).

Les personnes qui ont plaisir à se sentir détendues optent plus volontiers pour un stylo à plume car on peut le coucher dans la commissure entre le pouce et l’index, ce qui détend les muscles de la main. Celles qui préfèrent éprouver un peu plus de tension choisiront un stylo à bille car il  nécessite une tenue plus droite sous peine de ne pas mettre la bille mais son cerclage métallique en contact avec le papier.

On perçoit donc qu’il vaut mieux laisser le choix entre stylo à bille et stylo à plume. De la même façon, et pour des raisons analogues, il est préférable de laisser le choix de la grosseur de la pointe ou de la plume (et de sa dureté pour le stylo à plume).

En ce qui concerne le crayon à papier. Il est commode en début d’apprentissage car il se gomme et permet de réécrire au même endroit sans dommage, donc il donne droit à l’erreur. C’est rassurant pour l’enfant. C’est valorisant puisque sont évitées « les vilaines ratures ».

Le passage du crayon à papier au stylo à bille est souvent vécu comme une « promotion ». Il signe l’acceptation d’une prise de risques. Personnellement je le crois bénéfique dès que l’enfant se sent à même de l’utiliser. Il ne nécessite pas d’apprentissage complémentaire.

Il suffit d’éviter d’apprendre à écrire en couchant trop le crayon dans la main ( le mieux est de le caler juste sous l’articulation de l’index dans la commissure entre le pouce et l’index. Attention aux artifices comme l’usage d’un élastique ou autre lien qui maintiendrait le crayon couché pour éviter qu’il soit trop droit : conditionné à n’avoir aucune latitude pour moduler sa tenue de stylo, l’enfant court ensuite le risque d’avoir du mal à écrire avec un stylo à bille puisque de cette façon ce sera le cerclage de la bille qui sera en contact avec le papier.

La tenue et le maniement du stylo sont développés au chapitre 13 du  Geste d’ écriture éditions Hatier (pages 231 à 268) et dans J’apprends à bien tenir mon crayon aux éditions Belin.