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Avant d’en arriver aux boucles sur papier : histoire d’un pari.

La confusion entre graphisme et écriture est récurrente. L’objectif du graphisme est de produire une trace. L’objectif de l’écriture est de produire du sens. Pour qu’il y ait sens dans l’esprit de celui qui écrit au moment où il écrit, il est indispensable que son esprit ne soit pas focalisé sur le dessin des lettres.

Par voie de conséquence, plus l’enfant automatisera son geste, plus son esprit sera libre pour penser ce qu’il écrit ; plus on focalisera son attention sur le descriptif de la trajectoire du crayon sur le papier, plus on freinera son accès à l’écriture productrice de sens.  Il n’y a écriture que quand l’enfant pense ce qu’il écrit, sinon on se trouve dans un cas de figure analogue à ce que fait le petit enfant lorsqu’il tend un papier à ses parents en demandant « qu’est-ce que j’ai écrit ? »

On ne le dira jamais assez : écrire, ce n’est pas reproduire des lettres, écrire, c’est produire du sens en faisant un mouvement qui laisse sur un papier une trace codifiée non symbolique.  Produire du sens en pensant ce sens au fur et à mesure, pas à ce sens en général.  C’est bien différent de traces qui ne génèrent le sens que dans l’esprit de l’enseignant qui montre  »le modèle à reproduire ».

Donc pour que l’esprit soit libéré de l’attention portée à la trace elle-même, il faut que la production de cette trace soit automatisée.  C’est donc le geste qui doit être travaillé, le geste producteur de la boucle et pas celui qui suit la trajectoire d‘une boucle.

Avec un enseignant qui a découvert ma méthode tout dernièrement, nous nous sommes fait le pari de faire écrire au moins  »le » et  »elle’ a ses élèves de GS pour Noël, et peut-être même d’en être arrivé aux formes rondes. L’ambition est, après avoir démarré la méthode au retour des vacances de Toussaint, arriver à faire écrire des mots contenant presque toutes les lettres de 1ère unité* pour Noël : e, l, i, u, t, c et, si possible en plus o, a et d (*sauf le f, lettre plus difficile à cause de sa boucle inférieure).  C’est un pari très ambitieux car il commence à zéro et le temps est bien court.  (Pour e et l et même pour i, u et sans doute t ça devrait pouvoir aller, pour les lettres rondes, on ne sait pas… la suite nous le dira)

Donc les enfants font tous les jours un relai en poussant un palet avec une crosse de hockey.  Ils sont répartis en 4 équipes. Pour l’instant ils sont ravis, ça marche merveilleusement bien. Dans quelques jours, c’est le passage au jeu de foulards. Nous croisons les doigts.

Dans la même période les enfants s’activent à la tenue et au maniement du crayon, à la gestion statique de l’espace graphique…

Je vous tiendrai au courant de la progression et si ça marche bien je vous (re)donnerai la règle du jeu et aussi une astuce pour le fonctionnement en petits groupes ou en groupes inégaux.

A bientôt pour la suite.

Parions aussi que ceux-là n’auront pas besoin de rééducation plus tard.

Durée d’une rééducation graphique

Mes articles n’arrivent sur le site qu’au compte-goutte. J’en suis désolée pour les internautes qui en souhaiteraient plus. Toutefois c’est plutôt bon signe, cela signifie que j’ai aussi beaucoup à faire pour nos enfants et pour leurs enseignants.  Je suis désolée aussi de ne pas encore avoir eu le temps de remettre en état chaque page ni chaque article suite aux incidents fâcheux qui ont malmené le site.

Je voulais tout de même réagir à un bref écho que je viens d’avoir, là, ce matin, de plusieurs sources, d’une info qui a fait frémir les rééducatrice qui utilisent ma méthode : il faudrait plus d’un an pour rééduquer des difficultés d’écriture !

Peut-être aurais-je été mal informée. Je me dis toutefois que si cette information m’a été transmise ainsi, d’autres ont pu la recevoir de la même façon.

Je tiens donc à rassurer les parents, les enfants surtout d’ailleurs, (car si les parents sont inquiets, ce sont bien les enfants eux-mêmes, malhabiles à manier leur crayon, qui ressentent l’angoisse dès qu’il s’agit d’écrire) et  rassurer aussi les adultes qui veulent résoudre leurs propres problèmes d’écriture : une rééducation graphique demande 4 à 6 séances en moyenne hors cas pathologique grave traité alors par un/e rééducateur/trice en écriture ergothérapeute ou un/e rééducateur/trice  en écriture psychomotricien/ne  selon les besoins.

S’il existe des cahiers de rééducation, il faut être conscient qu’ils ne résolvent que les cas de difficultés légères (et ils sont nombreux) ou qu’ils viennent en accompagnement de rééducations pratiqués par des professionnels.

L’une des rééducations les plus courantes concerne la tenue et le maniement du crayon. En principe c’est une séance pour mettre la main, les doigts, le bras dans la bonne position. Le temps nécessaire pour qu’ensuite la position soit vraiment installée varie selon les personnes : une séance de plus ou  deux, ou trois, voire plus…

Les causes de ces rééducations peuvent être multiples : un mauvais positionnement lors de l’apprentissage ou suite à une opération, une difficulté à réenclencher le processus suite à un accident cérébral, un mauvais déplacement de la main, une crampe de l’écrivain installée ou en cours… Il arrive aussi parfois qu’il faille changer de main scriptrice.

Il vaut mieux éviter d’aller jusqu’à la crampe. Elle s’annonce souvent par de brefs arrêts du geste, par des douleurs, une sensation de pénibilité.

Pour ceux qui seraient tentés par une formation à la rééducation d’écriture, le Cours Danièle Dumont, cours privé d’enseignement supérieur,  ouvre une session de formation chaque année.

Attention aux contrefaçons ! Elles existent et calquent sur mon enseignement une suite de recettes dispensées sous des appellations faisant éventuellement illusion. Pour ma part ma bio ici vous renseignera sur mon parcours.

Au sujet de la graphothérapie. Son nom oriente cette pratique vers une thérapie par l’écriture (comme la musicothérapie, thérapie par la musique), l’une aidant l’autre, la thérapie par l’écriture étant censée apporter un mieux être, elle débouche sur une amélioration de l’état psychologique de l’intéressé, donc, en principe, elle devrait déboucher sur une amélioration de l’écriture.

Le nom n’étant pas protégé, peut se dire graphothérapeute toute personne qui  » fait de la rééducation de l’écriture » sans prise en charge psychologique autorisée par des compétences spécifiques.

A mon avis, quelqu’un qui se dirait graphothérapeute sans une formation approfondie en graphologie et en psychologie serait en contradiction fâcheuse avec l’intitulé de sa profession.

Malheureusement mon excellente amie Florence Witkowski , fondatrice du groupement des graphothérapeutes, n’est plus là pour que nous en discutions et pour que nous échangions sur nos professions. Elle en déplorait les dérives. Elle  nous a quittés il y a quelques années à la suite d’une agression dont c’est le triste anniversaire ces jours-ci. J’avais pour elle beaucoup de respect, d’admiration et d’amitié.  Cet article m’est l’occasion de lui rendre un nouvel hommage, le premier ayant été fait, bien sûr, en son temps.

Florence était une grande dame.  Toujours ouverte et à l’écoute. Sans compromission. Nous avions des projets pour envisager un pont entre nos pratiques respectives. La vie en a décidé autrement.

Son livre « Psychopathologie et écriture » est un incontournable de la formation des graphologues. C’était une personnalité internationalement connue dans le monde de la graphologie.

 

Nouvelle publication : les posters à afficher en classe.

Les posters méthode Dumont viennent de paraître (chez Hatier)

En voici des extraits :

Extraits de l'abécédaire, des chiffres. Processus de formation des lettresExtraits de l'abécédaire, des chiffres. Poster du processus de formation des lettres.

Ils comportent :

– le poster du processus de formation des lettres. Il montre comment former les lettres à partir des formes de base et de leurs dérivées. C’est l’idéal pour comprendre et montrer aux enfants comment on passe de la forme à la lettre de façon à avoir une écriture fluide.

– un abécédaire qui présente toutes les lettres dans les 4 formes avec des dessins illustrant le son au début et à la fin d’un mot. La présence du son à la fin du mot est précieuse pour sentir ce qui se passe dans la bouche quand on prononce une consonne : en début de mot le bruit de la consonne est provoqué par le point d’ouverture au passage du son de la voyelle ; en fin de mot il est provoqué par le point de fermeture après passage du son de la voyelle. Le point d’ouverture est difficile à percevoir pour un enfant ; le point de fermeture est plus facile.

– des réglettes pour chaque élève de la classe

– la présentation des chiffres avec une amorce vers la construction du nombre : l’enfant peut y découvrir qu’un nombre est le précédent augmenté de un.

– une notice de présentation.

Pour préparer à l’écriture en maternelle, vient également de paraître le cahier Le cirque, premier de la collection Les cahiers d’écriture Différenciation et transversalité qui complète la collection existante Les cahiers d’écriture.

Ecrire à la maison / Ecrire à l’école maternelle

Lorsqu’on est parent, il est tentant de commencer à apprendre à écrire à son enfant avant-même qu’il aille à l’école. Est-ce une bonne chose ? Faut-il au contraire l’éviter ? Mais aussi, du point de vue de l’enseignant, vaut-il mieux alors tout reprendre ? Doit-on tenir compte des acquis ? Si oui, comment le faire ?

Je reçois une demande inquiète d’une enseignante qui me dit :

j’ai eu l’occasion de lire et de travailler avec votre méthode que j’ai vivement recommandée autour de moi.
Il y a 4 ans j’ai été en charge de l’écriture dans une classe de GS. J’ai lu votre ouvrage et expliqué en gros aux parents d’élèves que l’écriture en cursive s’apprenait à l’école et que je préférais que les enfants n’apprennent pas à écrire à la maison. Je l’ai spécifié aussi aux enfants en début d’année. Et puis nous avons démarré le travail sur l’horizontalité, la tenue de la ligne, les espacements, les capitales et en février il me semble nous avons commencé à écrire les petits mots du cahier bleu je crois (le, elle, celle …)
Ai-je commis une erreur en demandant de ne pas écrire à la maison même si certains enfants notamment une en particulier écrivaient déjà? Ai-je commis une erreur en reprenant la méthode au début et donc en commençant l’écriture en attaché « tard » dans la GS?
Merci de lire ce message et d’avance merci pour votre réponse.
Merci pour votre partage également et votre disponibilité.

Voici donc ma réponse :

Le problème essentiel de l’écriture à la maison est que les parents y voient surtout le respect du dessin des lettres. Sauf exception, ils oublient donc tout ce qui fait les fondements d’une écriture réussie : tenue de ligne, verticalité des axes, régularité des espaces, homogénéité des formes, préparation à la tenue du crayon, préparation à l’écriture des premières lettres, pour passer directement à l’écriture elle-même.

Si tel est le cas soit l’enfant gère mal l’ensemble des contingences spatiales de l’écriture ( il tient mal sa ligne, les lettres sont mal positionnées, mal proportionnées…), soit il concentre toute son attention et toutes ses forces pour suivre le trajet de la lettre, ce qui n’est pas la bonne façon d’aborder l’écriture.

Lorsque l’écriture est véritablement réussie, la production de la trace graphique ne demande aucun effort ; l’enfant peut alors se consacrer à la réflexion sur le contenu de l’écrit. C’est l’objectif en fin de GS ; c’est de toute évidence l’objectif que vous vous êtes fixé.

Pour cela, il vous fallait donc passer par la mise en place de la tenue de ligne, de la régularité des espaces etc. et vous l’avez fait.  Les capitales ne sont pas indispensables mais elles offrent une solution d’attente tant que l’enfant n’écrit pas en cursive. Vous ne dites rien de la mise en place de la forme de base de 1ère unité de mouvement (la boucle) ni de la tenue du crayon, mais je suppose que vous vous y êtes consacrée également. Donc il me semble que vous n’avez pas de raison d’être inquiète. Mais on s’inquiète toujours, n’est-ce pas, lorsqu’on a cette belle et lourde charge d’enseigner…

Une précision en ce qui concerne les lettres : l’habitude a consacré l’expression  »écriture en attaché ». C’est une grossière erreur qui empêche certains enfants de comprendre que l’écriture est un continuum : on s’arrête entre les mots pour qu’ils soient séparés pas entre les lettres pour les attacher. Forts de l’idée qu’ils écrivent « en attaché » beaucoup d’enfants tracent une lettre, s’arrêtent puis tracent la suivante, parfois même avec un petit trait de liaison.  Dire écriture cursive plutôt qu’écriture en attaché n’est pas une pédanterie, c’est une expression qui rend compte du fait que l’écriture court sur le papier.

Consciente que la formation des lettres n’est pas une évidence, consciente qu’il est bien légitime que les parents veuillent faire le maximum pour leurs enfants, je sors ces temps-ci deux nouveaux produits chez Hatier :

– un quadruple poster : abécédaire, réglettes individuelles, chiffres, processus de formation des lettres.

– un cahier dans la collection Les cahiers d’écriture – Différenciation et transversalité :  Le cirque.

Le premier est destiné à être affiché en classe. (Mais pourquoi pas aussi l’avoir à la maison ?)

Le deuxième est destiné à la classe mais aussi à la maison pour le cas où des parents voudraient préparer leur enfant à l’apprentissage de l’écriture.  Les enfants peuvent en effet y faire des productions différentes selon les besoins du moment. Il est conçu pour réconcilier les envies des parents et les exigences légitimes de l’école.

J’espère avoir répondu à votre question et avoir levé vos inquiétudes.

Les débuts dans l’écriture.

A savoir pour commencer une fois qu’on connait les formes de base et leurs dérivées ( http://legestedecriture.fr/du-nouveau-dans-les-formes/)

– Une grande boucle n’est pas une autre forme que la boucle ;

– une grande boucle n’est pas une petite boucle en plus grand.

– Une grande boucle s’obtient avec le même geste que la boucle mais en tirant les doigts vers le haut.

Donc on peut enchaîner petites et grandes boucles en jouant sur le mouvement des doigts qui tournent sans trop se déplier ou qui tournent en tirant les doigts vers le haut.

En passant une série de petites boucles dans « la machine à étrécir » (un rectangle qu’on aura tracé sur la feuille) on obtient une série de petites étrécies (cliquer sur l’image).

La création des étrécies

La création des étrécies

En passant tout un chapelet de boucles de dimension diversifiées, on obtient tout un chapelet d’étrécies.

En faisant tout un chapelet de petites boucles, grandes boucles, petites étrécies, grandes étrécies qui se suivent de façon (qu’on peut percevoir comme) aléatoire, on peut isoler des groupes de lettres formant des mots :

On peut ainsi montrer les mots  »le »,  »il »,  »elle »  »lui » etc. en fonction des choix ou des besoins.

C’est cette danse des doigts que je suggère de faire faire aux enfants pour entrer dans l’écriture : ainsi, ils écrivent d’abord  »elle lit » ; ensuite seulement ils décomposent leur phrase en mots puis en lettres. Tout cela dans la même séance.

Je suggère donc de faire faire des séances  »danse des doigts » (qui produisent des séries aléatoires de boucles et d’étrécies) pour finir par faire découvrir l’écriture à partir de ces productions.

Pour cela il faut cependant que la gestion statique de l’espace graphique  soit réussie (que les enfants écrivent droit, vertical, régulier et régulièrement espacé)  pour que les productions puissent d’emblée déboucher sur de l’écriture.

Différence entre oeilleton et boucle

Lorsqu’on ne dispose pas d’un langage technique permettant de différencier suffisamment ce qu’on voit, on observe trois sortes de « boucles » dans l’écriture : des petites, des moyennes et des grandes. On voit les petites sur certaines lettres. Les moyennes « sont » la lettre e. Les grandes « sont » les grandes lettres.

Lorsqu’on entre plus avant dans la compréhension de l’écriture, on comprend que l’écriture est le produit d’un mouvement. Si, donc, vous posez votre stylo sur la ligne et que vous fassiez tourner vos doigts en avançant, vous formez une boucle. Dans l’écriture, cette boucle forme la lettre e. Si vous étirez vos doigts vers le haut vous formez « la même » boucle mais plus grande. Vous pouvez donc distinguer une petite boucle et une grande boucle. La grande boucle forme la lettre l. Elle entre aussi dans la composition d’autres lettres (b, h, k).

Si, maintenant, vous regardez l’écriture, vous distinguez clairement les petites boucles et les grandes boucles et vous voyez que ce qu’auparavant vous considériez comme des « petites boucles » ne correspondent pas au même geste. Vous voyez aussi que dans un même écrit les adultes peuvent en faire ou ne pas en faire sur la même lettre : écrivez rapidement « Ne pas renverser ses vases » et comparez vos r. Comparez aussi vos s. Comparez également vos v. Ces fameuses  »  » petites boucles »  » peuvent être présentes, ou absentes, ou remplacées par des petits traits. C’est donc qu’elles ne font pas partie intégrante de la lettre en question. Ce ne sont pas des formes constitutives des lettres, donc pas des boucles. On les appelle des œilletons.  Les petits traits s’appellent des traits couvrants.

Œilletons ou traits couvrants sont formés par le passage d’une forme à une autre, ils sont utilisés pour ramener vers le bas ou vers l’horizontale un tracé qui se poursuivrait vers le haut s’il restait dans la même direction . C’est donc une façon de négocier le passage d’une forme à la forme suivante (rond et attaque de grande boucle pour la lettre o, attaque de grande boucle et pont pour la lettre r, attaque de grande boucle et rouleau pour la lettre s, demie étrécie et attaque de grande boucle pour les lettres b, v et w). Cette négociation peut se faire aussi par un simple angle.

Tenue de stylo : un gros problème d’oreiller.

Au cours d’une formation une enseignante m’a présenté sa façon d’enseigner aux PS comment tenir de crayon et m’a demandé mon avis. Elle montre : elle place la main comme pour mimer un tir au revolver, un seul doigt tendu. Elle redresse la main, index en l’air, pouce écarté. Elle pose le crayon sur la dernière articulation du majeur et dans la commissure entre le pouce et l’index, tout contre le pouce. « Le crayon se repose sur l’oreiller » dit-elle. Ensuite le pouce lui fait des bisous et le pouce vient se placer sur le crayon face à l’articulation du majeur.

C’est effectivement une façon alléchante et sympathique de présenter la tenue du crayon. C’est simple à comprendre et on ne peut pas se tromper. Mais…

Une fois le crayon tenu, il va falloir apprendre à placer la main. Placée ainsi la main se posera sur le chant, c’est à dire sur le côté. Dans cette position, le crayon est parallèle à la feuille. Il restera donc à apprendre à l’enfant à retourner sa main pour la placer correctement.  Cet apprentissage-là est souvent oublié et on voit nombre d’enfants qui soulèvent le poignet en pont ou recroquevillent les doigts tout en tenant correctement la crayon.

Le mieux eu donc été d’enseigner directement une bonne position. Tant pis pour les bisous.

Supposons qu’on ait, en même temps, appris à tourner la main … et à manier le crayon, car il faut aussi apprendre à le manier, autrement dit à le faire bouger.  L’enfant peut alors s’exercer aux premières « écritures » , au coloriage, au dessin.

Viendra le jour où le stylo-bille fera suite au crayon. Et là, rien n’ira plus. Placé comme on le lui a enseigné ce n’est pas la bille du stylo qui touche la feuille mais le cerclage métallique et l’enfant se demandera bien pourquoi il n’y arrive pas. L’enseignante aussi d’ailleurs, comme l’a déploré une autre enseignante au cours d’une autre formation. « Je suis pourtant votre méthode » disait-elle et elle ne savait que faire devant tous ces enfants qui écrivaient bien au crayon et qui n’y arrivaient plus au stylo-bille. C’est tout simplement qu’elle avait modifié ce que je propose.

C’est vrai que c’est tentant d’introduire des « variantes », surtout si leur présentation se rapproche de l’univers de l’enfant. Il est donc prudent de se donner les moyens d’en analyser toutes les conséquences. Le problème, en ce qui concerne cette variante-là, c’est qu’elle induit des difficultés (et qu’on la voit beaucoup, dessins à l’appui).

Liberté de choix de l’outil scripteur ?

Question :  Bonjour, Je constate depuis quelques années une évolution dans l’utilisation respective des types de crayons. L’usage du crayon à papier s’est prolongé, l’emploi du stylo à bille s’est généralisé au détriment du stylo à plume. J’aurais deux questions : D’abord, peut-on, au CP, mener de bout en bout l’apprentissage systématique de l’écriture au crayon à papier ? Ensuite, peut-on laisser les élèves utiliser le stylo qu’ils souhaitent dans les classes de CE et CM ? Je suis d’une génération ayant connu la plume Sergent-Major qui donnait de très belles écritures par les pleins et les déliés, et qui nécessitait de maîtriser la pression exercée sur la plume au risque de la casser ou de faire des « pâtés ». Cordialement

Ma réponse : Je commencerai par la 2ème partie de votre question. Vous évoquez l’usage ancien du porte-plume et vous soulignez la nécessité d’en maîtriser le maniement pour pouvoir écrire avec sous peine d’en casser la plume. Vous pointez-là une des causes de la mise à l’écart du stylo-plume, héritier direct du porte plume. Ces deux outils ont en commun de nécessiter une prise et un maniement adapté. (La nécessité d’avoir sous la main de quoi les alimenter en encre en est sans doute une autre.) On comprend alors que la façon de tenir et manier le crayon rend leur usage impossible pour beaucoup de personnes actuellement . Reste le choix du stylo (le cas évoqué étant un non-choix).

Les personnes qui ont plaisir à se sentir détendues optent plus volontiers pour un stylo à plume car on peut le coucher dans la commissure entre le pouce et l’index, ce qui détend les muscles de la main. Celles qui préfèrent éprouver un peu plus de tension choisiront un stylo à bille car il  nécessite une tenue plus droite sous peine de ne pas mettre la bille mais son cerclage métallique en contact avec le papier.

On perçoit donc qu’il vaut mieux laisser le choix entre stylo à bille et stylo à plume. De la même façon, et pour des raisons analogues, il est préférable de laisser le choix de la grosseur de la pointe ou de la plume (et de sa dureté pour le stylo à plume).

En ce qui concerne le crayon à papier. Il est commode en début d’apprentissage car il se gomme et permet de réécrire au même endroit sans dommage, donc il donne droit à l’erreur. C’est rassurant pour l’enfant. C’est valorisant puisque sont évitées « les vilaines ratures ».

Le passage du crayon à papier au stylo à bille est souvent vécu comme une « promotion ». Il signe l’acceptation d’une prise de risques. Personnellement je le crois bénéfique dès que l’enfant se sent à même de l’utiliser. Il ne nécessite pas d’apprentissage complémentaire.

Il suffit d’éviter d’apprendre à écrire en couchant trop le crayon dans la main ( le mieux est de le caler juste sous l’articulation de l’index dans la commissure entre le pouce et l’index. Attention aux artifices comme l’usage d’un élastique ou autre lien qui maintiendrait le crayon couché pour éviter qu’il soit trop droit : conditionné à n’avoir aucune latitude pour moduler sa tenue de stylo, l’enfant court ensuite le risque d’avoir du mal à écrire avec un stylo à bille puisque de cette façon ce sera le cerclage de la bille qui sera en contact avec le papier.

La tenue et le maniement du stylo sont développés au chapitre 13 du  Geste d’ écriture éditions Hatier (pages 231 à 268) et dans J’apprends à bien tenir mon crayon aux éditions Belin.

 

Doit-on faire écrire les majuscules en cursive dès le début de l’apprentissage de l’écriture ?

Question : Je suis enseignante en GS et j’ai assisté récemment à l’une de vos conférences. Lors de ma formation universitaire, un reproche m’avait été fait à propos de l’écriture du prénom (à l’époque, je ne savais pas qu’il ne fallait pas commencer par cela !). Sur le modèle, j’avais écrit la majuscule en capitale et le reste du prénom en cursive. La formatrice m’avait dit de ne pas mélanger les 2 écritures et qu’une majuscule en cursive n’était pas plus difficile qu’un y ou un z en minuscule. Que pensez-vous de faire écrire les majuscules en cursive dès le début de l’apprentissage ? Merci pour votre réponse. Respectueusement,

Ma réponse

Bien des personnes croient encore qu’il faut commencer l’apprentissage de l’écriture par le prénom. J’espère pour les enfants qu’elles se réveilleront bientôt car cela pose de nombreux problèmes.

Au sujet de l’écriture des majuscules cursives dès les tout premiers écrits.

Si, une majuscule cursive est plus difficile qu’un y ou un z, si tant est qu’on les a appris de façon structurée.

y = une étrécie à laquelle s’enchaîne un jambage, c’est donc vraiment très simple.

z = une attaque de grande boucle, un rouleau, un rouleau prolongé bas.

Il suffit donc de connaître les deux formes de base et leurs dérivées pour pouvoir les écrire.

Si les majuscules calligraphiques peuvent se classer en fonction de leur attaque (cf. Le geste d’écriture, tableau page 138) le système qui en assure la construction n’est pas évident sauf pour quelques-unes. Pour comprendre qu’écrire des majuscules calligraphiques n’est pas simple, il suffit de voir l’opposition que j’ai rencontrée lorsque j’ai voulu proposer que le D soit tracé sur le modèle de B, P, F – ce qui serait logique.

Sans doute certains enfants de maternelle sont-ils capable de les écrire correctement. En tout cas pour pouvoir toutes les écrire, il est nécessaire qu’ils aient une habileté suffisante pour descendre correctement sous la ligne (c’est à dire pour tracer un jambage) et qu’ils les apprennent une à une sans référence à un métalangage (puisqu’il n’en existe pas à leur sujet à ma connaissance).

Donc oui, l’écriture des majuscules calligraphiques est difficile. Leur apprentissage en maternelle ne me semble pas être un objectif raisonnable. Cela ne signifie pas pour autant qu’il faille les interdire à l’enfant qui réclamerait de les écrire.

 

Au sujet de l’initiale du prénom car, in fine, la question est bien de savoir comment on écrit une lettre qui, grammaticalement, doit s’écrire en majuscule (initiale des noms propres et début de phrase). Doit-elle être en capitale, en majuscule calligraphique ou en cursive ?

L’écriture en capitale est d’accès simple : il suffit de savoir gérer l’espace graphique et manier le crayon pour reproduire correctement les capitales. L’inconvénient est que deux systèmes d’écriture sont en présence (modèle d’écriture d’imprimerie pour l’initiale ; modèle d’écriture cursive pour les minuscules) ; ce n’est pas conforme à la règle.

L’écriture en minuscule permet d’écrire le mot en question (en l’occurrence le prénom) dès que toutes les minuscules dudit mot sont connues. L’inconvénient est que ce n’est pas conforme à la grammaire.

L’écriture en majuscule calligraphique est conforme à la grammaire. L’inconvénient est sa difficulté particulière.

A mon avis, ce sont trois mauvaises solutions car aucune ne donne pleine satisfaction. Les deux premières sont des solutions d’attente.

Ma suggestion est de laisser le choix à l’enfant entre ces trois possibilités tout en lui montrant celle qui correspond à la règle, la majuscule (calligraphique). Cette offre de choix devrait être assortie de quelques explications :

– la majuscule est difficile, nous ne l’avons pas apprise, tu as le droit de choisir d’écrire pour l’instant une minuscule que tu remplaceras par une majuscule quand tu voudras…, quand tu sauras (en CP, en CE1 ou avant si tu veux). Il n’y a pas d’urgence, il faut juste que tu saches qu’il faudra la remplacer plus tard.

– tu as aussi le droit de choisir de la remplacer par une capitale. C’est plus facile. Il faut juste que tu saches que tu apprendras bientôt (en CP, en CE1 ou avant si tu veux) à la remplacer par une majuscule.

Voilà donc ma position car on ne peut pas obliger l’enfant à faire ce qu’on ne lui a pas appris à faire et je trouve qu’il est sain que l’enfant sache qu’il existe des limites aux capacités qu’on peut avoir et que dépasser ces limites ne signifie pas « faire n’importe quoi » mais bien « se donner les moyens de faire correctement »*. (*et je dirais hors écriture que si chacun avait cette réalité-là en tête et la mettait en pratique, le monde irait peut-être mieux… mais c’est un autre débat)