Archives de catégorie : ! Apprendre à écrire, comment ça marche ?

Description du système d’écriture et explication de son fonctionnement.

L’organisation et le fonctionnement du système d’écriture cursive.

Le système d’écriture. C’est une expression qui parle à tout le monde. A y regarder de plus près on s’aperçoit que la plupart du temps on entend par là : le système alphabétique ou son équivalent en tant que signes qui permettront que l’écrit soit porteur de sens dans les langues non alphabétiques. Et bien souvent, ce n’est même pas de l’étude du système qu’il s’agit en ce qui concerne l’écriture alphabétique mais juste l’énoncé de la suite des lettres dans l’ordre l’alphabet ou classées par « familles de lettres ».  Mais ce n’est pas des lettres que je souhaite vous parler aujourd’hui, c’est du système dans lequel elles prennent vie. Les lettres, ce sera pour une autre fois.

Je viens donc de mettre en ligne la présentation du système d’écriture, c’est là sur youtube. 

Bon visionnage !

Une bonne nouvelle pour l’utilisation de la police de caractères Cursive Dumont maternelle

Lors de la sortie de la police de caractères Cursive Dumont maternelle, nous avions précisé que le fonctionnement de la police est lié à celui des variantes contextuelles de la technologie Open Type.  A ce sujet nous avions déploré que Libre office ne mette pas encore en œuvre les variantes contextuelles. Mais voilà qui est fait :  La version de Libre Office qui fera fonctionner correctement la police est en cours de finalisation. Elle devrait être disponible très rapidement (Version 5.3). Pour information, voici le lien de téléchargement de Libre Office version 5.3.0 beta 2. , la version d’essai.

La rectification a été faite dans le descriptif . 

 

 

La modélisation est en ligne

De nombreuses publications en ligne se réfèrent à mes propositions pédagogiques.  Parmi elles, certaines publient la modélisation de l’apprentissage de l’écriture en l’amputant d’une colonne.  Croyant simplifier elles dénaturent et le tableau perd sa fonction modélisante, autrement dit sa fonction de trame.

J’ai donc décidé de mettre ce tableau en ligne sous forme d’une vidéo explicative.  Si vous êtes un-e fidèle du site vous en avez déjà lu la présentation.  La vidéo offre l’avantage de pouvoir être plus explicative.  Bien sûr, vous retrouverez cette modélisation en détail dans Le geste d’écriture, édition 2016 (et également dans les éditions précédentes).

Voici donc (hormis celle qui est sur Eduscol) la 1ère vidéo sur la méthode Dumont

 

 

Une nouvelle comptine

Je reçois ce jour un double message fort intéressant.  Sa première partie propose une comptine.

Bonjour Madame Dumont.
J’ai assisté à une de vos conférences et acheté votre dernier livre. Merci pour ce travail qui éclaire ce qu’est notre écriture et comment l’enseigner.
Je voudrais apporter ma pierre à l’édifice. J’ai créé une comptine pour ramener au calme. Elle n’a pas d’air (ce n’est pas une chanson). Mais il faut marquer les syllabes régulièrement, avec la voix, avec les mains ou les pieds pour obtenir une pulsation.
La voici :

Je sais parler tout bas
zoum et zoum et raplapla
Je sais bien chuchoter
zoum et zoum et tasse de thé
Je sais surtout me taire
zoum et zoum et pomme de terre.

On peut l’associer à des gestes si on ne tape pas dans les mains : mains à plat l’une contre l’autre pour le raplapla, faire semblant de se servir du thé pour le deuxième vers et mettre un doigt devant la bouche pour la fin.
On peut dire cette comptine (le terme est ici approprié puisqu’elle permet de compter le temps en durées égales) lentement ou rapidement : on fait ainsi varier le tempo.
Elle est de plus efficace pour ramener le calme, recentrer les élèves.
Elle est de ma part un hommage à Louis Prima (zoum et zoum).

Cordialement,

Stéphane Lebrun (instit de maternelle MS)

Je trouve votre petite comptine tout à fait ravissante. C’est un bon étayage du rythme d’espace qui sert à apprendre à tenir la ligne et à gérer l’espace sur l’horizontale. Je proposerais la gestuelle suivante :

Je sais parler tout bas  on met les mains en porte-voix
zoum et zoum et raplapla on frappe dans les mains
Je sais bien chuchoter on met les mains en porte-voix
zoum et zoum et tasse de thé  on frappe dans les mains
Je sais surtout me taire on met un doigt devant la boucle
zoum et zoum et pomme de terre. on fait semblant de frapper dans les mains

Elle me semble effectivement particulièrement propice à ramener le calme et à recentrer l’attention.

En ce qui concerne son usage en étayage de la gestion statique de l’espace graphique, on pratique ensuite comme il est indiqué pour l’ensemble des comptines : frappes sur la table, frappes sur la table en avançant vers la droite, taches de peinture à l’éponge.

Merci Stéphane pour ce partage

 

Une vidéo Éduscol du processus de création des formes et du processus de formation des lettres

Publiée depuis 2002 dans Le geste d’écriture et les cahiers correspondants,  la modélisation de l’apprentissage de l’écriture en donne pour finalité l’obtention d' »une écriture cursive fluide, claire, lisible, bien disposée dans la page et dans le lignage, autorisant directement l’accès à la fonction sémantique de l’écriture »  (Le geste d’écriture – Méthode d’apprentissage – Cycle 1 – Cycle 2 Éditions Hatier, collection Hatier pédagogie 2003 et rééditions suivantes  page 14,  Le geste d’écriture – Méthode d’apprentissage – Cycle 1 – Cycle 2 – Différenciation et transversalité  Éditions Hatier 2016, collection Enseigner à l’école primaire.) Cf. tableau.

Cette finalité, réaffirmée par Éduscol, n’est pleinement atteinte que si la gestion dynamique de l’espace graphique est réalisée efficacement c’est à dire si les formes sont acquises et aménagées constamment au fil de l’écrit en fonction de leur environnement (exemple le r ne débute pas de la même façon s’il suit un o que s’il suit un e).

Les formes constitutives des lettres sont donc créées et mises en œuvre par le mouvement en même temps qu’il les dépose sur le support pour former les lettres en les aménageant pour une meilleure efficacité, ce qui donne de la fluidité à l’écriture.  Je vous les présente en vidéo sur Éduscol   dans le cadre d’une   présentation de la mise en œuvre de l’enseignement de l’écriture cursive. 

Une fois passées le CP, l’enfant complète son apprentissage avec l’étude des majuscules et doit conserver la qualité de son écriture ou l’améliorer si nécessaire. Vous trouverez chez Nathan un petit ouvrage, Une bonne écriture, choix ou nécessité, qui vise à poser toutes les questions qu’on peut poser sur l’écriture en élémentaire et qui propose de nombreux exercices pour les CE2, CM1, CM2.

Pour terminer cet article, un petit rappel d’un article ancien sur le repérage des anomalies graphiques les plus récurrentes signalé également par Éduscol. Il donne quelques informations sur ce qui peut être pratiqué en classe pour des anomalies simples de l’écriture. Sa lecture ne saurait se substituer à une formation à la rééducation de l’écriture.

Le nouveau programme et le calendrier des formations

L’année 2016/2017 voit l’arrivée de la nouvelle édition du Geste d’écriture et la publication d’un nouveau cahier de préparation à l’écriture, Le loup, qui intègrent la différenciation et la transversalité, deux moyens pédagogiques efficaces pour optimiser les potentialités de chaque enfant.

Le calendrier des formations données sur la base de leurs contenus est publié ici.

Ces moyens pédagogiques sont en accord avec les points forts du programme de l’école maternelle comme le montre le parallèle qui en est fait à la fin des cahiers de la collection Les cahiers d’écriture – Différenciation et transversalité ( Le cirque et Le loup)

Mise en relation des propositions pédagogiques des Cahiers d'écriture et du Geste d'écriture avec l'esprit du nouveau programme.

Mise en relation des propositions pédagogiques des Cahiers d’écriture et du Geste d’écriture avec l’esprit du nouveau programme.

 

Croquet ou hockey ? Que choisir et comment faire à la maison ?

Apprendre à écrire est une action complexe. On croit trop souvent que cela consiste à apprendre à reproduire la forme des lettres. Est-ce parce qu’on confond trop souvent graphisme et écriture ? Quoi qu’il en soit, il faut bien les apprendre aussi les formes : l’écriture est formée de lettres, les lettres sont formées de formes et les formes sont formées par un mouvement, en fait par deux mouvements un qui passe par en bas, un qui passe par en haut. Quand on regarde une écriture manuscrite on voit une succession de contacts courbes des lettres sur la ligne et le tracé s’aménage au-dessus de ces contacts, c’est ainsi que se forment les boucles, les étrécies, les ronds… Le mouvement qui met en œuvre l’écriture ne se fait que de deux façons : celle que je viens de décrire : c’est la 1ère unité  de mouvement, l’autre – qui prend contact avec le haut de l’interligne pour aller vers la droite – c’est la 2ème unité.  La 1ère unité est présente dans toutes les lettres. Elle est donc très importante. Comment commencer à l’enseigner aux enfants tranquillement, en leur donnant envie de participer ?

La nouvelle édition du Geste d’écriture (édition 2016) l’explique et l’illustre. Elle abandonne l’idée du jeu de croquet pour celle du jeu de hockey. Lubie de chercheur ou raisons concrètes ? Je m’en explique dans Le geste d’écriture et en deux mots ci-dessous.

Une maman m’a interpellée à ce sujet tout en me demandant des précisions. Je réponds aux nombreux commentaires faits sur le site directement sous le commentaire  et aux nombreuses questions posées par mail directement par mail. Il arrive parfois cependant que je le fasse sous forme d’article. C’est donc le cas aujourd’hui pour la question posée par cette maman, elle m’écrit :

Je suis en train de (re)lire votre livre « le geste d’écriture » (édition 2006), et je ne comprends pas bien le jeu de croquet que je souhaiterais faire avec mon fils (je préfère le croquet au hockey, car je possède déjà un jeu de croquet et je ne veux pas investir dans un jeu supplémentaire)
Voici mes questions :
– le parcours du point de départ au point d’arrivée est-il droit ou courbe ?
– faut-il aller du point d’attaque au point d’arrivée en un seul coup ?
– Quelle distance prévoir entre le point d’attaque et le point d’arrivée ?
– Combien d’arceaux prévoir entre le point d’attaque et le point d’arrivée ?
Pardon pour toutes ces questions, mais j’essaye de bien faire ! Et merci pour vos ouvrages « maternelles » auquel mon fils (MS) prend de plus en plus de plaisir. Après un départ un peu bougon, il est devenu un pro de « la course aux zigzags !

Avant de répondre, je salue la bonne volonté de cette maman et son immense désir de bien faire pour que cet apprentissage se passe bien pour son enfant. L’école maternelle n’étant pas obligatoire, certains enfants reçoivent uniquement de leurs parents l’ensemble des apprentissages premiers. Je tiens toutefois à dire que, sauf dans ce cas et sauf cas spécifique, il me semble souhaitable de laisser aux enseignants le soin d’apprendre aux enfants ce qui relève du domaine de l’école.

Voici ma réponse :

Par ses explications et ses illustrations, la nouvelle édition du geste d’écriture répond à l’ensemble de vos questions. Cette édition, 2016 donc, prend acte des recherches que j’ai menées entre temps (et ajoute différenciation et transversalité, projet en attente depuis 6 ans). Vous verrez des éléments de réponse à vos questionnements ici sur le site : http://legestedecriture.fr/avant-den-arriver-aux-boucles-sur-papier-histoire-dun-pari/ puis en suivant les liens. Vous pouvez également lire cela : http://legestedecriture.fr/des-groupes-petits-ou-inegaux-dans-le-relai-de-hockey/

Pour vous répondre directement, je vous rassure : vous n’avez pas de jeu de hockey, mais vous avez un jeu de croquet ? Pas de problème, votre enfant utilisera le maillet pour pousser le palet. Vous n’avez pas de palet ? Ce qui importe, c’est que vous ayez un objet rectangulaire pas trop haut à faire glisser au sol en le poussant avec le maillet, c’est plus facile à gérer qu’une balle qui roule (d’où le changement entre croquet et hockey). Une boite d’allumettes vide fera l’affaire.

 – Le parcours du point de départ au point d’arrivée est-il droit ou courbe ? L’objectif est d’encoder le mouvement : le mieux est qu’il soit toujours à l’identique, donc le parcours est tout droit.

– Combien d’arceaux prévoir entre le point d’attaque et le point d’arrivée ? Le jeu de croquet étant transformé en jeu de hockey, il n’y a plus d’arceau.

– Faut-il aller du point d’attaque au point d’arrivée en un seul coup ? Non sinon il n’y a pas la répétitivité nécessaire à l’encodage.

– Quelle distance prévoir entre le point d’attaque et le point d’arrivée ? L’enfant pousse par petits coups. La distance est la longueur de votre couloir, de sa chambre, de votre séjour, bref du lieu où vous installez le jeu. Pour que le geste soit bien encodé l’enfant va pousser entre 6 et 10 fois le long du trajet voire plus. Vous le chronométrez. Vous convenez d’un nombre de fois et vous notez les progrès. Ce qui importe, ce n’est pas qu’il se précipite, c’est qu’il le fasse bien mais d’un geste spontané. Des vidéos sur internet m’ayant fait découvrir comment peuvent être transformés par incompréhension mes actes de remédiation, puisqu’il s’agit ici d’une remédiation je vous conseille vraiment de démarrer avec l’aide d’une des rééducatrices ou un des rééducateurs de la liste http://legestedecriture.fr/a-votre-service/ . D’autres adresses arriveront en fin d’année.

Les enseignements, pour leur part, trouveront dans Le geste d’écriture 2016, toutes les informations, descriptions et illustrations dont ils peuvent avoir besoin pour saisir tous les tenants et les aboutissants de cette activité (et ils me savent toujours disponible pour leur répondre en cas de besoin complémentaire).

Bravo pour votre valorisation de la course aux zigzags aux yeux de vote fils. Assurez-vous qu’il la fasse bien d’un mouvement des doigts et non d’un mouvement du bras ou du poignet, que son poignet soit bien en contact avec la table, que son avant-bras ne tourne pas autour de son coude et, bien sûr, avant toute chose, que ses doigts soient bien placés sur le crayon.

Les rééducateurs et rééducatrices Méthode Dumont, listés sur le site sont formés pour veiller à tout cela et permettre aux enfants, adolescents ou adultes  d’acquérir une écriture efficace et fluide en remédiant à leurs difficultés.

Nous sommes là, bien sûr, très loin du graphisme… Il s’agit de prendre en compte les spécificités de l’écriture sans introduire de paramètres toxiques.

Sens de rotation de la lettre O

Question : Je m’interroge sur le temps passé en classe (pas seulement au CP) au bouclage du o « dans le bon sens ». Que pensez-vous de la nécessité ou non de s’en tenir à cette norme et quels seraient selon vous les aspects négatifs de l’abandon de cette dernière ?

Réponse : Si on observe la formation du rond, on voit qu’il tourne dans le même sens que le e. Pour rester dans les voyelles nous observerons que le i et le u tournent aussi dans le même sens. Ce qui différencie le i du e c’est son étrécissement. D’ailleurs si on regarde des écritures d’adultes on se rend compte que certains forment les e comme des i et d’autre forment des i comme des e. Il s’agit donc bien du même geste (bouclé pour le e, étréci pour le i, étréci et doublé pour le u). Qu’en est-il du o ?

Le o tourne dans le même sens que e, i  et u mais commence par un déplacement du point d’attaque : du bas à gauche – point d’attaque du e et du i – on transporte l’attaque du o en haut à droite, c’est à dire diamétralement à l’opposé, et on tourne pour fermer le rond par ce que j’appellerai une attaque de grande boucle. Il suffit pour s’en rendre compte d’écrire « ol » puis d’écrire un o tout seul. (Cette finale est susceptible de varier en fonction de la lettre qui suit).

Cette façon d’écrire la lettre o est la plus économique : s’il est précédé d’une autre lettre, on s’arrête avant le o, on se transporte en haut à droite diamétralement à l’opposé et on forme le o par le même geste que le e.

Ma théorie est la suivante : l’écriture fonctionne selon deux unités : – une qui va de la gauche vers la droite « en passant par en bas » (1ère unité), – l’autre qui va de la gauche vers la droite « en passant par en haut » (2ème unité).

La 1ère unité a :

– pour forme de base la boucle (avec une boucle on forme la lettre e et, en étirant les doigts vers le haut, on forme la lettre l.)

– pour 1ère dérivée, en étrécissant le geste, l’étrécie (avec une étrécie surmontée d’un point on forme la lettre i ; avec deux étrécies on forme la lettre u).

– et pour 2ème dérivée, en changeant le point d’attaque, le rond (avec un rond non refermé on forme la lettre c, avec un rond terminé par une attaque de grande boucle on forme la lettre o ; avec un rond fermé par une petite étrécie on forme la lettre a ; avec un rond fermé par une grande étrécie on forme la lettre d) Pas besoin d’œilleton ni dans o ni dans a.

Le fait de commencer l’apprentissage de l’écriture par e, puis l, ensuite i et u permet de ne pas avoir de problème de sens de rotation du o. Le fait que nombre d’adultes transforment les m et n en u et que, sauf très rares exceptions, personne ne transforme les u en n montre que dans l’écriture la 1ère unité est plus naturelle que la 2ème.

e –> l –> i  –> u –> t –> c  –> o –> a –> d

Donc, pour moi, le o se trace logiquement et sans difficulté en sens inverse des aiguilles d’une montre, sans œilleton, en commençant à plus ou moins 1 heure.

 

 

Que faire faire aux enfants ces derniers jours de vacances ?

La fin des vacances arrive. Certains parents s’inquiètent : mon enfant est-il prêt ? Il tient mal son  crayon , il tourne les ronds à l’envers, il n’écrit pas droit… oh la la !!! Que faire ?

Premièrement ne pas s’inquiéter, les enseignants sont là pour lui apprendre à écrire. Normalement ce n’est pas le rôle des parents… « Je sais, oui mais…  » j’entends bien cette petite idée qui trotte dans votre tête : « oui, mais vous voudriez bien lui donner un coup de pouce, juste un petit coup de pouce « pour qu’il soit prêt ».

Alors, que faire ? Je vous propose de lire cet article que j’ai fait il y a quelques mois pour le magazine Belle, hebdomadaire diffusé avec Le Quotidien sur l’île de la Réunion. Il portait sur la question : Comment apprendre à écrire aux enfants ? (quand on est parent). (Enfin, je veux dire, comment participer à leur apprendre à écrire si on ne peut pas s’en empêcher ? car l’enseignement, c’est l’école qui l’assure).

L’article était en deux étapes :

Étape 1 : Comment bien disposer les lettres ?

« Dis, Maman, qu’est-ce que j’ai écrit ? » Chloé vient de s’emparer d’un crayon et a ‘’écrit’’ avec énergie sur une feuille qu’elle tend à sa maman.  Maman réfléchit. « Tu as écrit… » Ouf, voilà que Gabriel vient à son secours en coupant court à cet échange « Ben moi, j’aime pas écrire ! » dit-il au bord des larmes. Maman le console. Chloé ne va pas encore à l’école. Ce sera pour bientôt. Gabriel, lui, est en maternelle ; il commence à « écrire » et trouve cela bien difficile. Juliette, sa grande sœur, aime bien écrire. Elle aime bien aller à l’école.

Comment faire pour que Chloé ne réagisse pas comme son frère ? Des quantités de petites activités peuvent l’aider. Peut-être aideront-elles aussi Gabriel à ne plus être fâché avec l’écriture. Nous allons en découvrir ensemble.

Tout d’abord, pour les faire et, peut-être, en inventer d’autres, il faut bien comprendre ce que c’est que l’écriture et « comment ça marche ? ».  Si je regarde une ligne d’écriture, qu’elle soit manuscrite ou imprimée, je vois qu’elle suit une ligne qui va de la gauche vers la droite. Je vois aussi qu’elle est composée de petites lettres, de grandes lettres et de lettres qui passent sous la ligne. Et je vois que les lettres sont plantées bien droit, qu’elles sont régulièrement espacées et que les mots sont espacés un peu plus que les lettres. Je sais aussi que l’écriture, ça a du sens, ça dit quelque chose.

Donc, quand l’enfant écrit, toutes ces caractéristiques-là doivent coexister. Plus la bonne forme pour chaque lettre, bien entendu.

Il faudra encore bien du temps pour que Chloé sache écrire et sans doute Gabriel ne sait-il pas non plus. En revanche, ils peuvent essayer de tenir une ligne bien droite, espacer régulièrement des objets, coller des images bien droit.

L’exposition de coquillages

Sur la plage, Chloé et Gabriel peuvent ramasser des coquillages vides. Ils les prendront de petite taille ou de taille moyenne et en feront deux collections : une de coquillages allongés, une de coquillages ‘’ronds’’. Ils pourront alors préparer leur exposition. Ils les présenteront bien alignés, choisiront de mettre ensemble ceux qui sont de la même couleur ou de la même forme, ils les espaceront régulièrement. Ils intercaleront par ci par là un coquillage allongé qu’ils placeront à la verticale ; ou deux, mais pas plus. Le plus important sera qu’ils soient bien alignés et régulièrement espacés.

Vous prendrez ensuite des photos et, une fois à la maison, vous imprimerez les étiquettes à placer sous les photos que Chloé et Gabriel exposeront au mur. Vous choisirez avec eux ce que diront les étiquettes : ‘’Exposition de Chloé’’, ‘’Exposition de Gabriel’’,  ‘’Coquillages de Chloé’’  ‘’Coquillages de Gabriel’’ etc.

Vous les imprimerez en double. Une de taille normale pour servir de modèle, une de grande taille pour l’étiquette à mettre au mur. Gabriel découpera son étiquette en lettres. Vous aiderez Chloé à découper la sienne. Chloé et Gabriel colleront ensuite sur un morceau de carton chacune des lettres de la grande étiquette pour la reconstituer. Ils les disposeront bien droit, bien verticales, régulièrement espacées comme ils avaient fait pour les coquillages.

Plus tard, lorsqu’ils commenceront à écrire cela les aidera à bien tenir leur ligne et à avoir une écriture régulière.

Et s’ils ne préparent pas d’exposition, ce n’est pas un problème, ils peuvent faire des pâtés ou des châteaux de sable qu’ils sépareront de coquillages ou de galets bien alignés et inventer d’autres jeux où ils feront les mêmes alignements.

Étape 2 : Comment bien former les lettres ?

A la première étape, nous avons vu comment à partir d’un matériel simple et gratuit, on peut donner progressivement aux enfants des compétences qui les aideront à écrire droit et régulier. Bien sûr, cela demandera du temps, ce n’est pas en une seule fois que les enfants y arriveront.

Lorsqu’on écrit, on bouge ses doigts. Cela se remarque peu, mais c’est ainsi. Si on ne les bouge pas, on écrit d’un mouvement de l’épaule ou du poignet. C’est fatigant et cela fait mal au bras ou au dos. Si on place mal sa main aussi. Que l’on soit droitier ou gaucher, la main se place dans l’axe de l’avant-bras : les muscles sont alors au repos, ils ne sont pas tendus, et ils se remettent au repos dès qu’on arrête d’écrire.  Comment faire placer la main correctement et habituer l’enfant à bouger les doigts ?

Le tir au but

Matériel  nécessaire : Pour jouer, des bouchons de bouteilles en plastiques, à défaut des fèves ou des haricots. Pour faire le but, une boite sans couvercle dont on aura coupé un coté long.

L’enfant est installé à une table, plus loin devant lui se trouve le but, posé sur le côté comme un but de football. L’enfant pose un bouchon sur la table devant lui vers sa main droite s’il est droitier, vers sa main gauche s’il est gaucher. Sa main, son poignet et son avant-bras sur la table, d’une chiquenaude du majeur il envoie plusieurs fois de suite le bouchon dans le but. Lorsqu’il a marqué cinq buts, il fait la même chose de l’index pour trois buts puis de nouveau avec son majeur pour cinq buts. Les enfants peuvent jouer à plusieurs. Le gagnant est celui qui a tiré le moins de coups pour mettre les treize buts (pour les plus jeunes on peut réduire le nombre de buts).

Lorsqu’ils prendront un crayon pour écrire ou dessiner, ils repéreront la position du majeur pour le tir au but puis feront glisser leur pouce le long de ce doigt jusqu’à ce qu’il vienne se placer contre le côté de la dernière articulation du majeur. C’est là que viendra se poser le crayon, l’index viendra se placer dessus.

La forme des lettres

Pour former les lettres, rien de plus simple. Il n’existe que deux unités de mouvement : elles vont toutes les deux de la gauche vers la droite. Il y a les mouvements qui y vont en passant par en bas comme la boucle ou la forme qui sert à écrire i ou u ou encore t (j’appelle cette forme « une étrécie » car il s’agit d’une boucle qu’on rend la plus étroite possible, jusqu’à faire superposer le tracé qui monte et celui qui descend ). Il y a les mouvements qui y vont en passant par en haut comme le pont. Ceux-là ne peuvent jamais faire une lettre à eux tout seuls. Il vaut donc mieux commencer par les autres.

Pour la première unité de mouvement on fait tourner les doigts en passant par en bas lorsqu’on va vers la droite et on avance : on forme une boucle, ou une série de boucles. Une astuce : on dessine un rectangle ; on dit que c’est ‘’la machine à étrécir’’, c’est-à-dire à rendre étroit. On commence à tracer une série de boucles à gauche « on les fait entrer dans la machine », à l’intérieur de la machine on les étrécit et on les fait de plus en plus étroites de façon à ce qu’elles ressortent étrécies, comme un chapelet de u. Lorsque les enfants savent bouger leurs doigts en souplesse, ils peuvent les tirer vers le haut ou les replier dans le creux de leur main. Alors, à partir de la boucle et de l’étrécie, ils peuvent écrire, e, l, i, u t très facilement (en dépliant plus leurs doigts pour l et t que pour e, i et u), et même la lettre f en pliant leurs doigts vers le creux de leur main pour descendre sous la ligne) et commencer à écrire des petits mots sans s’arrêter entre les lettres.

N’est-ce pas un plaisir pour un petit enfant de la Réunion d’écrire avec facilité le tuit-tuit ?  (oiseau endémique de la Réunion) De quoi lui donner envie d’aller à l’école pour apprendre la suite.

Et puis, bien sûr, s’il a besoin du coup de pouce d’un-e pro vous en avez la liste ici (elle sera complétée début novembre). En quelques séances votre enfant écrira mieux ou aura acquis les compétences pour bien écrire, en fonction de son âge.

J’ajouterai à ces articles rapides qu’on peut utiliser en même temps les cahiers Le Cirque et Le loup si les enfants tiennent correctement leur crayon. Ces livres sont complexes, mais pas compliqués. Il faut juste prendre le temps de lire les consignes et le mode de fonctionnement.

Pour la tenue du crayon existe aussi le cahier J’apprends à bien tenir mon crayon de la collection Le petit plus chez Belin. Les étapes de la tenue et du maniement du crayon y sont présentées de façon progressive.

Et puis, bien sûr, il y a la nouvelle édition du Geste d’écriture (2016). Clairement présentée et abondamment illustrée elle est facile d’accès.

 

La taille du lignage

Mi-août, c’est déjà l’approche de la rentrée. Une question revient encore et toujours : celle du choix du lignage. Ai-je bien fait de prendre du Seyes 4 mm ? N’aurait-il pas mieux valu prendre du 3 ? ou du 5 ?

Cette question traduit surtout l’angoisse de l’incertitude, comme on le perçoit dans le message ci-dessous.

Bonjour Madame Dumont.

J’aurais besoin d’un de vos précieux conseils. Jusqu’à présent, en CP, j’avais tendance à démarrer l’année avec des seyes 4mm… Or, depuis quelques temps, j’ai la sensation que pour de nombreux élèves, cette réglure est en fait trop grosse (quant à ceux pour lesquels elle ne semble pas l’être, c’est essentiellement parce que leur difficulté semble ailleurs: je parle là des élèves qui ne se posent pas sur la ligne par exemple)… mais c’est juste une sensation. Vous avez sans doute beaucoup plus de recul que moi sur la question, du coup, je me permets de vous demander conseil.

J’en profite pour vous dire que votre ouvrage a métamorphosé ma façon d’enseigner l’écriture et, qui plus est, qu’il m’a offert l’occasion d’apprendre à aimer celui-ci… donc: MERCI!

Cordialement,

Emmanuelle

La question porte sur le choix du lignage. En apparence. L’incertitude, plus ou moins inconsciente, sur la réalité de la problématique s’exprime dans l’expression « j’ai la sensation« , reprise pour confirmation « c’est juste une sensation« .  En analysant la question on se rend compte qu’Emmanuelle nous dit « et si ce n’était pas un problème de lignage ? »

Voila qui nous fait poser un regard différent sur la problématique : la question de quelle dimension faut-il que soit le lignage ? en cache une autre : que faut-il faire pour que l’enfant puisse écrire dans le lignage ? On perçoit alors que la réponse ne réside pas seulement ( voire pas du tout…) dans le choix du lignage mais dans l’enseignement de l’art de bouger ses doigts pour écrire dans le lignage.

L’art de bouger ses doigts pour écrire se prépare le plus tôt possible. Il donne accès à une écriture fluide et sans effort (mais ce rapprochement relève du pléonasme). Les doigts ne peuvent bouger vivement et souplement que s’ils sont libres. Cela implique nécessairement un bon appui des organes scripteurs sur la feuille.

Un appui adapté s’obtient lorsque  la main, le poignet et l’avant-bras sont posés sur la feuille. Si ce n’est pas le cas, l’enfant va se fatiguer à soulever le poignet et appuyer trop fort sur la mine du crayon (les deux vont de pair).

En même temps que ou après l’apprentissage d’un bon appui, l’enfant apprendra à bouger ses doigts. Pour cela le yoyo, la course aux zigzags ont fait leurs preuves depuis plus de 20 ans.  Les coloriages verticaux ou en rond de petites zones également (on les trouve entre autres dans J’apprends à bien tenir mon crayon – Collection Le petit plus, chez Belin.) Plus ludiques, les jeux de bouchons (cousins des jeux de billes) sont l’idéal pour l’été car ils se pratiquent sans crayon ni papier et n’évoquent pas l’écriture ni même l’école.

Une fois que l’enfant sait placer sa main et manier son crayon, alors il est prêt à écrire sans difficulté dans du lignage de toute dimension.

Les lignage trop grands sont toutefois à éviter pour les petites mains non encore expertes.

Donc, avant que se pose la question du lignage, il faudra donc :

1 – apprendre à l’enfant à poser le poignet sur la table

2 – éviter tout exercice qui, en position assise, fera tenir le coude en l’air (sauf faire des fonds de peinture au rouleau en déplaçant le bras horizontalement).

3 – faire faire des exercices de mouvement des doigts poignet et avant-bras en appui sur le support.

(4 – faire des exercices de gestion statique de l’espace graphique)

Les près de 40 pages du chapitre 13 de la nouvelle édition du Geste d’écriture (édition 2016) sont consacrées à la question de la tenue et du maniement du crayon. Les exercices y sont abondamment illustrés pour une bonne compréhension.